L'an dernier, l'annonce d'un premier trou de 1,2 milliard dans les provisions de la BCV avait saisi les partis. Comme un seul homme, ils s'étaient hâtés de voter leur soutien à la banque, y consacrant déjà 600 millions de francs d'argent public. Cet automne, les circonstances sont similaires, mais les réflexes ne sont plus les mêmes. Conditionnant leur appui à une plainte déposée par le Conseil d'Etat lui-même, les socialistes montrent leur différence, laissant du coup entendre que leurs adversaires bourgeois n'osent faire toute la lumière sur la gestion de l'établissement. Un changement tactique qui porte la marque de Pierre Chiffelle. L'homme sait, depuis des travaux du théâtre de Vevey jusqu'à l'effondrement de la BVCred, à quel point les recours à la justice et les accusations d'affairisme marquent les esprits.

Fondamentalement, la BCV est pourtant le cœur d'une alliance objective entre la droite et la gauche. Au nom de l'esprit d'entreprise ou de la défense des places de travail chacune à intérêt à son engagement maximal (voire un peu au-delà) dans le soutien de l'économie locale. La chasse aux dividendes politiques implique toutefois de parier que l'électeur se souviendra mieux des indignations carrées que des équilibres subtils. Ce qui, d'ailleurs, est malheureusement bien plus probable que l'évolution de la Bßourse.