Les attaques de l'UDC contre la ministre des Affaires étrangères n'émouvaient plus personne, étant devenues une sorte de bruit de fond habituel de la politique fédérale. Mais l'offensive contre Micheline Calmy-Rey a franchi une nouvelle étape mercredi, avec la publication d'une lettre ouverte de la direction du PDC adressée au président de la Confédération. Sur un ton polémique qui n'a rien à envier à celui habituellement utilisé par l'UDC, le parti recense plusieurs incidents ayant ébranlé sa confiance dans la ministre des Affaires étrangères et dans «la défense optimale des intérêts de la Suisse à l'étranger».

Le parti se demande sur la base de quelle stratégie est actuellement menée la politique extérieure de la Suisse et si elle est compatible avec la stratégie définie par le Conseil fédéral. Autrement dit, le PDC demande à Pascal Couchepin si Micheline Calmy-Rey suit bien la politique étrangère définie par le Conseil fédéral ou si au contraire elle n'en fait qu'à sa tête, tout en donnant l'impression que son opinion est d'ores et déjà faite sur la question. Le parti invite explicitement le Conseil fédéral, tout comme les commissions des affaires extérieures des deux Chambres à se pencher sur la doctrine de la «politique extérieure active» et le cas échéant d'en modifier le cours.

«Le PDC disjoncte»

Le PDC ne prend pas de gants avec la ministre des Affaires étrangères, en dénonçant une politique qui tient «actuellement plutôt compte d'intérêts personnels, voire d'intérêts partisans que des intérêts de notre pays». Le PDC s'inquiète de l'état des relations avec les Etats-Unis et émet des doutes quant à la question «de savoir dans quelle mesure notre ministre des Affaires étrangères est encore à même de visiter certains pays en tant que représentante de la Suisse». Il a même l'impression qu'elle a déjà bientôt un statut de persona non grata dans certains pays».

Cette attaque s'inscrit à la fois dans le contexte d'une forme d'exaspération latente entretenue à l'encontre de Micheline Calmy-Rey dans certains milieux, à commencer par l'UDC, et qui ne date pas d'aujourd'hui, et dans l'actualité immédiate. Le président du PDC avait allumé une mèche dimanche dans la presse alémanique, en suggérant que le moment était venu d'opérer un changement à la tête du DFAE et d'inviter Micheline Calmy-Rey à exercer ses talents ailleurs.

L'UDC l'a d'une certaine façon pris au mot en proposant lundi à la commission des affaires extérieures du Conseil national d'adopter une motion chargeant le Conseil fédéral d'étudier la possibilité d'une rotation des départements retirant la responsabilité des Affaires étrangères à Micheline Calmy-Rey. Les représentants de l'UDC ont été les seuls à soutenir cette proposition rejetée par tous les autres membres de la commission, y compris les démocrates-chrétiens. Mardi en fin d'après-midi, l'UDC se gaussait des «déclarations gratuites de Darbellay & Cie» en affirmant qu'il est temps d'agir. Mercredi après-midi, le PDC répondait d'une certaine façon à cette mise en demeure au moyen - fort peu orthodoxe - d'une lettre ouverte au président de la Confédération. Une lettre signée au nom du présidium du parti par le secrétaire général Reto Nause, le président Darbellay étant, mercredi, aux abonnés absents.

On s'interrogeait, mercredi à Berne, sur les motivations du PDC, dans une période éloignée de toute échéance électorale et alors que l'éventuelle reconquête d'un deuxième siège au Conseil fédéral n'est pas d'actualité. Dans une telle perspective, il ne serait de toute façon pas très malin de se mettre les socialistes à dos. Pour le PS, cela ne fait aucun doute, «le PDC disjoncte» et son attitude est mesquine, peu constructive et schizophrénique. Faut-il se résoudre, interrogeait un communiqué du PS, «à ce que le PDC se complaise dans l'agitation médiatique vide de sens et que seule une lettre désormais le sépare de l'UDC?».