Samuel Schmid a su faire face à l'émotion et au froid jeudi, en assistant aux cérémonies du 60e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz. Et le président de la Confédération, qui qualifie désormais les propos tenus par Israel Singer sur la neutralité suisse d'«absolument inacceptables» et d'«injustifiés», n'a pas eu à affronter le président du comité exécutif du Congrès juif mondial (CJM). Selon son entourage, il n'a pas cherché à le rencontrer et «il n'avait d'ailleurs pas à le faire en ces tristes circonstances».

Alfred Donath, président de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), a par contre croisé le regard d'Israel Singer. Pendant quelques secondes. «Il a eu le temps de me saluer, de me dire «Hello, how are you?» puis il a rapidement filé vers quelqu'un d'autre», confie-t-il. Les deux hommes ne s'aiment pas et ne le cachent pas: Alfred Donath ne serait pas étonné qu'Israel Singer ne lui ait sciemment pas laissé le temps de lui dire ce qu'il pensait de son «inexplicable dérapage». «Nous allons probablement décider ce week-end déjà de la manière dont nous allons formuler la lettre que nous allons envoyer à Israel Singer pour lui demander de s'excuser auprès de la Confédération», précise Alfred Donath. «Nous avons une réunion du comité directeur jeudi prochain, mais nous aurons déjà de nombreux contacts téléphoniques ce week-end.»

Israel Singer avait, mardi ,qualifié la neutralité suisse «face au mal» de «crime», des propos qui ont rapidement suscité des commentaires outrés des parlementaires et d'Alfred Donath (LT du 27.01.2005). Le Conseil fédéral a décidé mercredi de ne pas faire de déclaration officielle, Israel Singer n'étant pas un Etat, ce qui n'a pas empêché la ministre des affaires étrangères. Micheline Calmy-Rey. d'exprimer, le soir même, son «incompréhension» sur les ondes de la RSR. «Le Conseil fédéral aura l'occasion de dire à Israel Singer que son interprétation de la neutralité ne correspond pas à la réalité», a-t-elle ajouté. Aucune invitation ou rendez-vous n'est pour l'instant fixé.

Avant de s'exprimer ainsi, la ministre avait lancé un coup de fil à Samuel Schmid, alors encore à Davos. Et c'est ensemble qu'ils ont décidé que le fait de passer à la radio pourrait contribuer à apaiser la polémique naissante à l'heure de la commémoration de la Shoah. Le président de la Confédération a depuis également osé plusieurs déclarations publiques, dans lesquelles il dit «catégoriquement rejeter cette grave accusation», rappelle que la Suisse a fait son travail de mémoire, que la page est désormais tournée et que le Conseil fédéral n'a pas l'intention de polémiquer davantage.

Si Alfred Donath n'a pas pu converser avec Israel Singer à Auschwitz, il a par contre échangé quelques mots avec Samuel Schmid, vers 18 heures. Le président lui a expliqué sa décision de ne pas publiquement réagir, au nom du Conseil fédéral, aux déclarations d'une personne privée. «Mais il m'a aussi demandé de rester en contact et de le tenir au courant de nos démarches», souligne le président de la FSCI. «Je l'appellerai donc dans le courant de la semaine prochaine, peut-être déjà lundi.»

Une partie de la classe politique suisse, le PDC en tête, continue de penser que le Conseil fédéral devrait réagir plus franchement. Jean-François Bergier, historien qui a mené les travaux de la fameuse commission portant son nom, s'est également prononcé en ce sens. «J'estime pour ma part que si le gouvernement suisse réagit officiellement à ces propos irrecevables, cela donnerait trop d'importance à Israel Singer. Je ne tiens personnellement pas absolument à des excuses de sa part car nous avons la conscience tranquille», nous déclare très sereinement Rolf Bloch depuis Auschwitz. Il y accompagnait Samuel Schmid. Ex-président de la FSCI, Rolf Bloch a aussi présidé le Fonds suisse en faveur des victimes de l'Holocauste. Il conclut: «Israel Singer n'est d'ailleurs pas vraiment du genre à s'excuser.»