Enquête

Des chauffeurs VTC en Suisse romande dans le viseur de la police fédérale

Plusieurs individus ont été interrogés dans le cadre d'une enquête pénale menée par la Division protection de l’Etat, terrorisme et organisations criminelles de la Confédération. Les suspects utilisaient notamment la plateforme Uber pour leur travail et seraient fichés en France pour radicalisme islamique

Y a-t-il, dans l’Arc lémanique, des individus fichés pour radicalisme islamique au volant de voitures de transport avec chauffeur (VTC)? Une procédure pénale fédérale en cours implique plusieurs personnes, dont certaines seraient fichées S car soupçonnées de radicalisation par les services de renseignement français. Ces chauffeurs travaillaient pour deux entreprises de location de véhicules adossées notamment à l’application Uber pour transporter des clients.

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La Police judiciaire fédérale (PJF) a interrogé plusieurs personnes dans le cadre de cette enquête. Un document en notre possession évoque une procédure pénale menée par la Division protection de l’Etat, terrorisme, organisations criminelles de la PJF. Selon le document, l'instruction est dirigée par le Ministère public de la Confédération (MPC). Interrogé, celui-ci ne confirme pas l'information. 

Selon une source au courant du dossier, «il y aurait au total vingt chauffeurs, dont certains sont vraisemblablement en prison. Ces derniers étaient tous, ou presque, employés de sociétés de location de véhicules basées à Genève et à Nyon.»

Liens avec le terrorisme

Quelles seraient les accusations portées contre ces chauffeurs? Le document ne le dit pas. Mais selon deux sources ayant connaissance de la procédure, le fait que les chauffeurs seraient fichés S en France orienterait l’affaire vers le domaine du terrorisme djihadiste.

En juin, un chauffeur de taxi soupçonné d’avoir recruté au profit de l’Etat islamique avait déjà été arrêté par la police fédérale à Meyrin. Et le contexte de cette nouvelle affaire n’est pas sans faire écho à l’attaque terroriste survenue mardi dernier à New York. L’auteur, un partisan de Daech, avait exercé la profession de chauffeur Uber. En été 2016, un conducteur de VTC a été interpellé près de Paris. Fiché S, il était en possession de documents d’identité volés. Les enquêteurs ont saisi des explosifs à son domicile. Mais à l’issue de sa garde à vue, la justice n’a pas retenu de charges en lien avec le terrorisme.

L’un des propriétaires des entreprises de VTC, que nous avons contacté, confirme avoir été entendu – en qualité de personne appelée à donner des renseignements – par des agents de la PJF. «On m’a montré plus d’une dizaine de photos d’individus», indique celui qui a dû se présenter avec toute une série de pièces à conviction, comme des livres comptables, des correspondances, des contrats et autres adresses. Parmi les portraits, «j’ai reconnu des chauffeurs qui ont travaillé pour moi, d’origine maghrébine ou résidant en France».

Dangers de la circulation?

Les enquêteurs suisses de la Division protection de l’Etat, terrorisme et organisations criminelles «ont trouvé de drôles de choses dans leurs voitures», signale l’entrepreneur cité à comparaître, sans donner plus de précisions. S’agit-il d’armes, de drogue, d’argent? Leurs convoyeurs doivent-ils être considérés comme susceptibles de menacer la sécurité nationale? «Nous ne faisons aucun commentaire sur d'éventuelles procédures ou personnes impliquées», résument les services de communication du MPC.

Toujours selon nos informations, trois voitures de marque Mercedes auraient été saisies au bout du Léman. Toutefois, le parquet fédéral indique n'ouvrir à ce stade aucune enquête pénale en rapport avec la confiscation de véhicules à Genève. Le séquestre peut-être l’œuvre d’autorités locales, «le responsable de l’une des entreprises de transport est aussi accusé d’avoir falsifié des permis de séjour et de travail», estime notre source.

De son côté, Uber assure prendre la sécurité de ses usagers très au sérieux. «Ce cas précis n’a pas été porté à notre connaissance. Notre entreprise a une équipe dédiée LERT [Law Enforcement Response Team] qui est en lien régulier avec les services de sécurité. L’équipe LERT a immédiatement pris contact avec les autorités compétentes dès qu’elle a pris connaissance du cas décrit par la presse», déclare l'entreprise américaine.

Et cette dernière de conclure: «Par ailleurs, Uber a développé de stricts processus de sécurité, notamment par le contrôle du casier judiciaire des partenaires chauffeurs lors de leur enregistrement sur la plateforme.»

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