«La Chaux-de-Fonds aurait dû avoir sa route de contournement il y a déjà trente ou quarante ans!» Le géographe vaudois Pierre Dessemontet observe sans surprise la tension qui règne autour du projet chaux-de-fonnier. «Les rocades extérieures, c’était une mode dans les années septante et quatre-vingt», poursuit le géographe. «Aujourd’hui, c’est devenu rare parce que de tels projets soulèvent des oppositions – écologiques notamment – qui n’auraient pas existé auparavant.»

A peine plus bas, la ville de Neuchâtel en sait quelque chose avec une zone piétonne créée en 1979 et un tunnel sous la ville dès 1993. Et si l’on compare avec d’autres villes suisses d’environ 40 000 habitants, on constate que La Chaux-de-Fonds est l’une des dernières à ne pas avoir de route de contournement. Fribourg, Schaffhouse, Coire, Sion ou encore Yverdon: toutes ces villes ont mis en valeur leurs centres-villes en optant pour une rocade extérieure. «Au début, tout n’a pas été fait avec génie. Quand on pense par exemple à la ville de Morges qui a été coupée en deux par l’autoroute, il est clair que plus personne ne se permettrait ça aujourd’hui. Mais le projet chaux-de-fonnier est bien loin de ça», poursuit Pierre Dessemontet.

Tunnel de contournement contesté

En effet, il est bien loin de ça. D’ailleurs, le projet du gouvernement, devisé à 186 millions de francs (dont 73 à la charge du canton), a été accepté très largement par le Grand Conseil à fin mars. Mais aujourd’hui, ce trait d’union entre le Jura, Neuchâtel et la France est contesté.

A la base du référendum lancé la semaine passée, cinq personnes qui agissent en leur nom propre. Il y a deux membres de SolidaritéS, deux Vert·e·s et un membre de «Grève pour le climat». En lançant ce référendum juste avant le deuxième tour des élections cantonales la semaine passée, ce groupe a sans doute définitivement crucifié le candidat vert Roby Tschopp. L’homme au nœud pap s’est en effet enfoncé dans un tunnel de complications, après avoir – dans un premier temps – soutenu la bretelle chaux-de-fonnière.

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Manœuvre électorale?

«Rien à voir avec une manœuvre électorale», s’empresse d’ajouter le Vert Laurent Debrot, qui avait déjà brandi la menace d’un référendum devant le Grand Conseil. «La Chaux-de-Fonds a la plus forte densité de véhicules par habitant, il fait diminuer le trafic et non pas le déplacer. Si les Verts ne s’occupent pas de ça, qui va s’en occuper?» interroge l’ancien député.

«La législation nous force à trouver des solutions lorsque les alarmes «bruit-pollution-sécurité» se mettent en marche» répond le président de la ville Théo Huguenin-Elie. «Aujourd’hui, tous les signaux sont rouge vif. Le tunnel et le désengorgement du centre-ville répondent à cette urgence», martèle-t-il.

Mais il n’y a pas que ce référendum. La Chaux-de-Fonds et le canton font désormais face à des opposants d’un genre nouveau. Il s’agit d’une poignée d’habitants du haut de la ville, qui verront sous leurs portes une augmentation du trafic, celui qui va du Jura au Locle et inversement. Ils sont représentés par un certain Frédéric Hainard, l’ancien conseiller d’Etat. L’avocat menace de porter l’affaire devant le Tribunal fédéral. «Il faut être bien conscient que toutes les propriétés concernées vont perdre de leur valeur», confie l’avocat.

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En face, le président de la ville se veut rassurant: «Dès 2030, ce surplus de trafic passera par le nouveau tunnel pour rejoindre la future H20 qui se prolongera jusqu’au Locle. En plus, dans ces quartiers, des aménagements sont prévus rapidement telles que des zones 30 km/h ou du bitume à isolation phonique», assure Théo Huguenin-Elie avec confiance.

Le mot de la fin au géographe Pierre Dessemontet qui a travaillé sur l’histoire des routes en Suisse: «Construire une route, c’est prendre un pari sur cent ans. Mais de quoi aura-t-on besoin dans trente ans? On n’en sait rien. Ce que l’on sait, c’est que si on ne fait rien, les questions sur la mobilité n’avanceront jamais.»

Les cinq référendaires ont jusqu’au 22 juillet pour rassembler 4500 signatures. Frédéric Hainard et les habitants du haut de La Chaux-de-Fonds n’interviendront que si le référendum n’aboutit pas.

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