Sa décision est prise. Charles Augsburger, président de la Ville de La Chaux-de-Fonds depuis seize ans et membre de l'exécutif depuis vingt-quatre ans, ne briguera pas un septième mandat lors des élections communales de juin. Il a choisi de ne pas se précipiter pour le communiquer. La raison? La campagne qu'il s'apprête à mener pour l'introduction d'une zone de rencontre sur l'avenue Léopold-Robert, objet qui sera soumis au peuple le 28 mars (LT du 24.10.2003). «Ce dossier me tient à cœur, j'ai envie de mettre un maximum de poids pour le défendre», indique le socialiste, qui fêtera ses 62 ans au mois d'août.

Une page va se tourner dans les Montagnes neuchâteloises. Economiste de formation, chancelier de La Chaux-de-Fonds à l'âge de 25 ans, Charles Augsburger aura marqué un pan de l'histoire locale. Qualifié par ses partisans «d'homme foncièrement honnête, fidèle à ses options», cet ancien camarade de classe de Claude Frey est resté un inconditionnel de «sa» ville, où la gauche fait la pluie et le beau temps depuis 1912. Ainsi, contrairement à son prédécesseur, Francis Matthey, à qui la présidence de l'exécutif communal a ouvert les portes du Conseil d'Etat, il ne lui a jamais été infidèle. Hormis, peut-être, par son activité de député au Grand Conseil, fonction qu'il a abandonnée en août 2002, après vingt-neuf ans de bons et loyaux services.

Contestations au sein des socialistes Au fil des ans, le tribun socialiste s'est forgé une solide cote de popularité. Quelques inimitiés, aussi. A droite, bien sûr, mais aussi au sein de son parti. Ainsi, il y a quatre ans, Laurent Kurth et Cédric Schweingruber, deux jeunes loups du PS local, s'étaient élevés publiquement contre son intention de briguer un sixième mandat. «Ce n'était pas un combat contre l'homme, mais une volonté de défendre des principes auxquels nous tenons», se souviennent-ils. Et de citer «un mandat trop long» et «un bilan des dernières années insatisfaisant».

Quatre ans plus tard, tous deux se disent soulagés, même si, précisent-ils, le départ de Charles Augsburger «n'est pas encore officiel». Responsable du groupe de travail du PS en vue des communales, Alexandre Houlmann est plus direct: «C'est vrai, nous attendions cette succession. Elle suscite un intérêt certain au sein du parti, où une dizaine de personnes se sont déjà déclarées. Dans la perspective de l'élection par le peuple, qui sera utilisée pour la première fois, nous présenterons une liste de cinq noms, en essayant de préserver au mieux l'équilibre entre hommes et femmes. Nous sommes dans la dernière ligne droite: la limite du dépôt des candidatures est fixée au 19 avril.»

Parmi les «personnes intéressées», impossible de ne pas penser à Gisèle Ory, ancienne compagne de Charles Augsburger, à qui le poste semblait promis avant son accession surprise au Conseil des Etats… «Cette élection a induit un certain nombre d'incompatibilités avec le poste de conseiller communal, estime Alexandre Houlmann. Premièrement, nous avons déjà un représentant, Didier Berberat, qui exerce un double mandat. Avec Gisèle Ory en plus, il y aurait un affaiblissement évident de notre position au sein de l'exécutif. Si elle devait être élue, elle pourrait en outre décider de quitter son poste aux Etats. Pour nous, ce n'est pas imaginable, car les partis de droite récupéreraient son siège. Je les vois mal ne pas tirer les leçons de leur division de novembre…»

Quant à la principale intéressée, elle ne peut réprimer un rire entendu. «Depuis quelque temps, mes camarades de parti et les médias me posent sans arrêt cette question», confie-t-elle. Avant de reprendre, sérieuse: «Mais actuellement, je suis plutôt dans l'esprit de ne pas être candidate.» Pour expliquer sa position, la directrice de Pro Infirmis Neuchâtel met en avant «un métier qui lui plaît et qu'elle exerce depuis moins d'un an», et «l'action passionnante qu'elle vient de débuter à Berne». Comme une élection impliquerait de faire un choix et que ses collègues de parti préfèrent éviter le cumul des mandats, il y a peu de chance que la nouvelle star du PS change son fusil d'épaule.

Sans Gisèle Ory, la course à la succession s'annonce particulièrement ouverte. Un contexte qui pousse à la prudence. Des noms circulent. Les pronostics vont bon train. Mais personne n'ose se déclarer ouvertement candidat «à la succession de Charles». Une situation qui pourrait durer jusqu'à la mi-mars et l'assemblée générale du parti.