Il aurait peut-être pu compter sur le temps qui passe pour atténuer la rancœur de la classe politique de La Chaux-de-Fonds à son encontre. Le conseiller communal PLR Pierre-André Monnard, responsable des Finances, est bel et bien persona non grata à l’exécutif de la Ville. Alors qu’il est en congé maladie depuis le début du mois de mars, qu’il a annoncé son retour aux affaires après Pâques, le 7 avril, demandant d’être déchargé du Dicastère des finances, le magistrat, s’il s’accroche à son fauteuil, fera l’objet d’une procédure de destitution.

Frédéric Hainard jette la pierre en premier

Le processus a été lancé mardi soir par le Conseil général de La Chaux-de-Fonds, qui se réunira tout exprès le 21 avril pour formaliser sa décision de renvoyer celui qui est accusé d’avoir caché la baisse des recettes fiscales de la Ville en 2014, engendrant un déficit de 12 millions à la place d’un bénéfice escompté de 2 millions.

Ironie de l’histoire, la procédure de destitution, ratifiée par le peuple neuchâtelois au plan cantonal en 2014, élargie au plan communal par le Grand Conseil en janvier 2015, entrée en vigueur le 1er mars 2015, est lancée par celui qui était le premier visé, l’ancien conseiller d’Etat Frédéric Hainard. Déchu et démissionnaire en 2010, celui qui est redevenu avocat a créé son propre parti, le Nouveau Parti libéral (NPL). Et c’est donc l’élu chaux-de-fonnier NPL Hainard qui a été le premier à réclamer la destitution de Pierre-André Monnard.

Il est piquant de se souvenir qu’en 2008, à l’issue des élections communales à La Chaux-de-Fonds, l’élu libéral professionnel à l’exécutif devait être Frédéric Hainard, mais il s’était désisté au profit de son père, élu UDC (la loi neuchâteloise interdit à deux membres proches d’une même famille de siéger dans un exécutif). Et c’est Pierre-André Monnard, troisième sur la liste, qui avait pris la place de Frédéric Hainard.

Mardi soir, le Conseil général de La Chaux-de-Fonds, appuyé par l’exécutif, a voté par 24 voix contre 1 l’urgence pour traiter du cas Monnard. Mais il s’est ensuite ravisé, pour ne pas confondre urgence et précipitation. Il s’est souvenu que la procédure de destitution d’un magistrat est rigoureuse et ne peut être déclenchée que par l’exécutif ou le bureau du législatif. Le simple élu Frédéric Hainard n’a pas cette capacité.

Ainsi, il appartient au bureau du Conseil général de La Chaux-de-Fonds de préparer l’arrêté de destitution. C’est ce texte qui sera soumis au législatif le 21 avril. Pour que la destitution devienne effective, il faut que trois quarts des 41 membres du parlement local votent le texte. Pierre-André Monnard n’a plus aucun soutien politique à La Chaux-de-Fonds. S’il démissionne avant le 21 avril, le processus de destitution devient caduc.

Autre précaution prise: la présidente du Conseil général, la libérale-radicale Sylvia Morel, a d’ores et déjà renoncé à présider la séance du 21 avril. C’est elle qui succéderait à Pierre-André Monnard, s’il venait à démissionner ou s’il était destitué.