La commission scolaire de La Chaux-de-Fonds s'incline. Même si elle maintient le bien-fondé de ses arguments qui l'ont conduit à interdire le port du foulard islamique à l'école, elle se range derrière le verdict des juges: elle ne fera pas recours contre le jugement du Tribunal administratif neuchâtelois. La Cour autorise Amina, 13 ans, à se rendre à l'école avec son foulard (Le Temps du 29 juin). Déboutée successivement par le Département cantonal de l'Instruction publique et par la justice, la commission chaux-de-fonnière met un terme à son combat. Son président, le conseiller communal Jean-Martin Monsch prend acte, sans état d'âme.

Le Temps: Avez-vous le sentiment d'avoir perdu la bataille?

Jean-Martin Monsch: Nous voulions qu'une instance compétente tranche. Le Tribunal administratif l'a fait. Même si sa décision ne nous est pas favorable, nous l'acceptons. Je continue de croire que nous avons bien fait de ne pas nous en tenir à la décision cantonale qui nous déboutait déjà, car elle avait été prise dans un moment d'agacement.

– Dans le conflit des pouvoirs, c'est l'autorité cantonale qui l'emporte sur la commission communale.

– Maintenant que le tribunal a tranché, on doit l'admettre. Mais là aussi, nous avons le verdict d'une instance indépendante. Nous ne pouvions pas nous satisfaire de la première décision du Conseil d'Etat, qui jugeait notre commission scolaire incompétente pour décider si une élève peut ou non porter le foulard à l'école.

– Que vous inspire la décision de permettre à une élève de porter le foulard?

– Elle fixe une règle, qui n'était pas la nôtre au départ. Mais au moins, il existe un cadre, qui fait jurisprudence. L'un des considérants du tribunal nous laisse pourtant perplexe. Les juges relèvent que si le port du foulard avait provoqué des troubles sérieux, leur décision aurait pu être différente. Est-ce qu'on attend qu'il y ait réellement un problème? Je constate aussi que des juristes suisses acceptent le port du foulard dans une école laïque, alors que dans des pays comme la Tunisie ou l'Indonésie, des juges musulmans l'ont défendu.

– Est-ce que vous regrettez d'avoir mené cette croisade contre le foulard?

– Non. Nous voulions maintenir la laïcité de notre école. Et nous considérions que la démonstration trop visible d'une croyance va à l'encontre de ce principe. Nous voulions aussi défendre la notion d'égalité femme-homme. Nous constatons que les frères d'Amina portent des jeans et des shorts à l'école, alors que leur sœur est contrainte de porter le foulard. Nous pensons que la mainmise d'un père intransigeant sur sa fille peut lui être préjudiciable.

– Est-ce qu'en interdisant le foulard, vous n'avez pas, vous-même, fait preuve d'intolérance?

– La Chaux-de-Fonds a été la première ville à scolariser les enfants de clandestins; elle n'a jamais connu de problème d'immigration. L'intégration des communautés étrangères est réalisée. Mais la manifestation trop criarde de sa religion sort du cadre convenu. Nous sommes parfaitement acquis au fait qu'une femme, et même une très jeune femme, porte le foulard dans la rue. Mais nous estimions qu'à l'école, l'élève devait accepter les règles de la laïcité. N'en parlons plus, l'affaire est close.