A La Chaux-de-Fonds, l’hôpital de la colère

Neuchâtel Les partis de gauche et de droite organisent une manifestation pour exiger la rénovation de leur hôpital

Le Conseil d’Etat est pris pour cible

C’est un ras-le-bol collectif. De l’UDC au POP, tous les partis de La Chaux-de-Fonds invitent les citoyens à se réunir ce samedi à 11h à la place Espacité pour défendre «leur» hôpital. Ils fustigent la décision du Conseil d’Etat, le 19 janvier dernier, de suspendre les travaux de rénovation du site chaux-de-fonnier d’Hôpital neuchâtelois (HNE). Même chose pour la demande de la direction de l’établissement multisite cantonal de concentrer à Neuchâtel dès le 1er mars les urgences opératoires pendant les week-ends et jours fériés. Puis de faire de même avec les soins intensifs fin septembre. Avec un même argument: «mettre fin à une situation potentiellement non sécuritaire pour les patients».

Ces annonces successives ont entraîné des réactions très vives dans les Montagnes, où le dossier hospitalier déchaîne les passions depuis près de dix ans. Les exécutifs de La Chaux-de-Fonds et du ­Locle ont dénoncé d’une seule voix l’attitude du Conseil d’Etat et d’HNE, estimant qu’ils avaient «franchi la ligne rouge». Les commentaires outrés se sont multipliés sur les réseaux sociaux, avec des appels à ne plus payer l’impôt cantonal ou même à faire sécession pour rejoindre le canton du Jura.

Lunettes rectangulaires et cheveux dans le vent, le député popiste Théo Bregnard est l’un des moteurs du groupe interpartis constitué pour sauver l’hôpital de la cité horlogère. Membre de la Commission santé du Grand Conseil, il s’est engagé sans compter ces dernières années pour soutenir le rééquilibrage des missions de soins aigus entre les sites de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds. Avec succès: le projet de transfert de toute la ­chirurgie stationnaire à La Chaux-de-Fonds a été accepté en votation populaire en novembre 2013.

«Avec 63% de oui, on était parvenu à pacifier le débat, regrette l’élu. La décision de suspendre les investissements à La Chaux-de-Fonds remet directement en cause la répartition des missions voulue par le peuple. La fermeture des blocs opératoires la nuit et le week-end et le transfert des soins intensifs enterreraient définitivement le vote. On se sent trahi.»

La pilule est d’autant plus difficile à avaler que le ministre de la Santé, le socialiste Laurent Kurth, a été membre de l’exécutif de La Chaux-de-Fonds. Et qu’il a soutenu le rééquilibrage des missions de soins aigus fin 2013. «Les autorités communales et les membres de la Commission santé ont découvert les propositions d’HNE et du Conseil d’Etat via leurs communiqués de presse, dénonce Théo Bregnard. La manifestation de samedi est une façon de leur rappeler qu’on ne peut pas prendre de telles décisions sans consulter ni essayer de trouver des solutions alternatives. C’est du mépris.»

Mépris, dédain, promesses non tenues. Les mots reviennent souvent dans la bouche des élus du Haut. «En 2006, Jean Studer avait promis que la maternité cantonale serait centralisée à La Chaux-de-Fonds pour compenser le déménagement de la Haute Ecole Arc du Locle à Neuchâtel, rappelle Théo Bregnard. Le transfert provisoire à Neuchâtel est devenu définitif. Et on n’a rien reçu en retour.»

La colère des Montagnes est renforcée par le sentiment d’avoir «joué le jeu» en soutenant d’importants projets sur le Littoral, comme le subventionnement de la rénovation de l’hôpital de Pourtalès ou la construction de Microcity pour accueillir l’EPFL dans le chef-lieu. Ces investissements ont renforcé le déséquilibre régional souligné en 2001 par une étude de l’Université de Neuchâtel. Un cumul qui avait fait dire à l’ancienne ministre chaux-de-fonnière Gisèle Ory que les Montagnes vivaient «un sentiment d’abandon et de tiers-mondisation très fort».

Reste la réalité du terrain. Le Conseil d’Etat a bloqué l’investissement de 35 millions de francs pour rénover un hôpital «dont on ne sait pas ce qu’on en fera dans dix ans». Miné par les démissions, HNE ­n’arrive plus à assumer ses obligations, notamment pour le piquet de chirurgie sur deux sites. Selon l’hôpital, «neuf postes de médecins cadres supplémentaires seraient nécessaires pour pouvoir faire face, ce qui ne serait ni proportionné ni raisonnable pour 3,5 cas en moyenne par week-end».

Théo Bregnard reconnaît ces difficultés. «Si on veut avoir un hôpital performant, cela a un coût. De mon point de vue, la sécurité des patients est la plus importante. Une ville de près de 40 000 habitants peut légitimement avoir un hôpital de soins aigus.» Il espère que la population des Montagnes le fera savoir en se mobilisant samedi. «Avec 1000 personnes, ce serait déjà un signal important.»

Sur les réseaux sociaux, on appelleà ne plus payer l’impôt cantonal ou à rejoindre le canton du Jura