La désormais triste page Pierre-André Monnard sera rapidement tournée, ce mardi soir à La Chaux-de-Fonds, par le Conseil général qui sait que si le magistrat s’en va, les gros problèmes financiers restent. Isolé, discrédité, accusé d’avoir précipité dans le rouge vif les finances de la troisième ville de Suisse romande, l’édile PLR élu en 2008 n’est plus réapparu depuis le 25 février, sinon pour «protester de (sa) bonne foi» et pointer un doigt faussement accusateur vers le service financier de la ville. Après un congé maladie, Pierre-André Monnard a annoncé sa démission le 3 avril, un an avant la fin de la législature.

La séance extraordinaire du législatif chaux-de-fonnier convoquée ce soir l’était dans un premier temps pour décider d’enclencher ou non la toute nouvelle procédure de destitution d’un magistrat, ratifiée par le Grand Conseil neuchâtelois en début d’année. La démission de Pierre-André Monnard rend caduque toute procédure du genre.

Sylvia Morel entre en piste

Pierre-André Monnard sera vite oublié, ce d’autant que sa place sera occupée dès à présent par la «vient-ensuite» de la liste libérale-radicale, l’enseignante Sylvia Morel.

Dans un long courrier de démission, agrémenté d’annexes dans lesquels il cherche à démontrer qu’il porte certes une part de responsabilité, mais qu’il aurait surtout été mal épaulé, Pierre-André Monnard continue d’affirmer qu’il a découvert le 5 février 2015 seulement que, plutôt qu’un bénéfice de 2 millions, les comptes 2914 de La Chaux-de-Fonds bouclent avec un déficit de 12 millions. Et de pointer un doigt accusateur envers le service financier de La Chaux-de-Fonds, qui ne l’aurait pas clairement prévenu des écarts avec le budget et, écrit-il, «j’ai découvert que les documents de reporting fournis par le service financier comportent une accumulation d’importantes et préoccupantes erreurs». Et de réclamer un audit, clamant que d’avoir exigé sa démission «de manière précipitée était, documents probants à l’appui, une sanction disproportionnée».

Service financier accusé

Pierre-André Monnard reproche au service financier de la ville de ne pas avoir maîtrisé le changement de clé de répartition des impôts entre canton et communes, passé de moitié moitié pour les personnes morales à 123/77, la part de 123 allant au canton, celle de 77 aux communes, avec encore une clé de répartition intercommunale.

Le service financier dirigé par René Barbezat, la cheffe du contrôle des finances Sylvène Aeschlimann, l’exécutif communal et la commission financière du Conseil général réfutent les accusations de Pierre-André Monnard. Certes, le service financier reconnaît une erreur, mais elle n’a pas eu d’incidence.

La soude oreille de Pierre-André Monnard

Le fin mot de l’affaire, c’est que depuis 2012, l’ancien chef politique des finances de La Chaux-de-Fonds Pierre-André Monnard et son administration se sont tourné le dos. Avec d’innombrables notes de service et de nombreux tableaux, René Barbezat explique que Pierre-André Monnard ne l’écoutait plus. Ainsi, à propos de la désormais fameuse note du 23 juillet 2014 qui annonçait un déficit abyssal, le chef du service des finances estime que Pierre-André Monnard ne l’a pas lue, ou pas traitée. Il n’a pas eu d’accusé de réception. Le magistrat se serait contenté d’estimer que ses services faisaient montre de trop de pessimisme en annonçant des déficits.

Pour préparer le budget 2015, le comptable Pierre-André Monnard s’est appuyé sur un tableau fourni par l’Etat, qui n’était pas destiné à l’exercice budgétaire. Aucune autre commune du canton ne s’est basée sur ce document. Tandis que le service financier rappelait que la manne fiscale était en diminution (10 millions perdus en trois ans), Pierre-André Monnard continuait de tabler sur une augmentation, à 133 millions. Il n’a pas indiqué à l’exécutif que le service financier, malgré une erreur comptable, prévoyait un montant de 127 millions. Il n’a pas tenu compte non plus de l’avertissement du service lui indiquant qu’entre 2011 et 2015, les charges de personnel ont augmenté de 15,4% (de 103 à 119 millions).

«Notre étonnement»

Au retour de la séance de l’exécutif, Pierre-André Monnard a indiqué au service financier que c’est sa proposition qui a été retenue, omettant de signaler qu’il n’avait pas présenté à ses collègues la version budgétaire du service financier. «Lorsque nous lui faisions part de notre étonnement, écrit René Barbezat, il relevait que le sujet avait fait l’objet d’un échange fourni et que c’était la décision du conseil communal. Nous pensions à tort que le conseil avait pris sa décision en toute connaissance de cause et que le service financier n’avait pas été suivi.»

Seul dans son coin

Et de conclure que, «contrairement à ce qui a pu être écrit, Pierre-André Monnard a bel et bien fixé les chiffres des recettes fiscales, seul dans son coin, sans écouter ses collaborateurs et sans communiquer avec ses collègues».

Le résultat politique et financier est d’importance: Pierre-André Monnard a été contraint à la démission et La Chaux-de-Fonds se retrouve avec une perte de 12 millions en 2014. Plus grave encore, le budget 2015 a été établi sur la base des chiffres erronés des recettes fiscales du budget 2014. Le budget 2015 doit être réexaminé, d’importantes coupes devront intervenir, les revenus de la fonction publique seront réduits.

La séance du législatif, ce soir, risque d’être brève, pour tourner au plus vite la page Monnard. Une autre séance est d’ores et déjà convoquée, le 4 mai, et celle-là s’annonce autrement plus difficile. Il s’agira de raboter considérablement dans les dépenses pour rendre le déficit 2015 acceptable et conforme à la diminution de 10 millions des recettes fiscales depuis 2012.

«Je sens que dans cette période tourmentée, les élus chaux-de-fonniers se serrent les coudes», constate la nouvelle présidente du Conseil général, la socialiste Celia Clerc.