Neuchâtel

La Chaux-de-Fonds va perdre sa halle d’exposition Polyexpo

Construits en 1985, mal conçus, gouffre énergétique, boudés par le principal locataire Modhac, les 4000 mètres carrés d’espace commercial qui servent aussi aux repas d’entreprises vont être vendus, pour être démolis

D’aucuns osent l’improbable comparaison avec Palexpo. Aux 100 000 mètres carrés de surface d’exposition de la halle genevoise, Polyexpo à La Chaux-de-Fonds oppose 4000 mètres carrés qui en font l’une des salles majeures du canton de Neuchâtel, prisée par les grandes entreprises pour leurs repas de fin d’année. Elle peut héberger plus d’un millier de convives.

Or, depuis qu’elle a été abandonnée fin 2015 par la foire commerciale Modhac – qui connaît elle aussi des difficultés au point de faire l’impasse sur 2016 –, pour laquelle elle avait pourtant été construite en 1985, Polyexpo endettée et inadaptée est vouée à disparaître. C’est un peu de l’ADN de La Chaux-de-Fonds qui s’en ira, car tout Chaux-de-Fonnier a vécu quelque expérience forte dans cette salle, lors de la foire Modhac, mais aussi à l’occasion d’un grand concert comme celui des radios de l’Arc jurassien en septembre dernier ou lors des championnats du monde d’escrime en 1998, avec 1200 athlètes et accompagnateurs.

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«Mal foutu», reconnaît le président du conseil d’administration de la société immobilière qui le gère, l’avocat Christophe Wagner, «comparable aux affreux bâtiments des pires années de l’Allemagne de l’Est, vides et froids», renchérit le président de la ville, Théo Huguenin-Elie, le bunker de béton et de ferraille bleue est mis en vente. Au prix de 3 millions de francs.

1 million pour la démolition

La Chaux-de-Fonds, qui détient 39 des 101 actions de la société immobilière qui exploite la halle d’exposition, et Polyexpo SA font le calcul suivant: le terrain de 14 000 mètres carrés avec un grand parking sur lequel a été construit Polyexpo, qui appartient à la ville (il figure pour 1 franc au bilan), vaut environ 4 millions de francs, au prix du marché (300 francs le m2 en zone dite mixte à La Chaux-de-Fonds). Les vendeurs incluent dans le prix la probable démolition, estimée à 1 million. «L’acquéreur fera bien ce qu’il voudra du bâtiment», lâche encore Théo Huguenin-Elie.

L’assainissement de Polyexpo est devisé à 10 millions, sans corriger les défauts conceptuels. Une éventuelle transformation en centre de congrès, salle de concert et de repas d’entreprises coûterait plus de 20 millions. Ni Polyexpo SA, très endettée, ni La Chaux-de-Fonds, aux prises avec de grandes difficultés financières, n’ont les moyens d’investir un tel montant.

Risque de faillite

S’ils disent avoir noué des contacts encore informels avec de potentiels acquéreurs qu’ils refusent de nommer, Polyexpo SA et la ville ne sont pas à l’abri d’une fin encore plus funeste pour la halle d’expositions, soit la faillite. Sous-occupée, la halle parvient à peine à couvrir ses frais, «sans parvenir à amortir la dette liée au bâtiment», relève Christophe Wagner.

En cas de faillite, La Chaux-de-Fonds conserverait bien entendu le terrain occupé par le boulet Polyexpo, mais elle perdrait ses billes dans le petit capital de la société, ainsi que 1,5 million de cautionnement de prêt fait à Polyexpo et 94 000 francs de prêt direct.

Pour se donner un maximum de chance d’aboutir, le législatif chaux-de-fonnier a voté sans sourciller un changement d’affectation du terrain, le faisant passer de zone d’utilité publique à zone mixte. «L’espace idéalement situé en bordure de zone industrielle et d’habitations convient parfaitement pour de l’industrie, de l’artisanat ou de l’habitat», prône Théo Huguenin-Elie.

Trouver une autre capacité pour 1000 convives

Les socialistes du Conseil général réclament la mise à disposition, notamment des grands groupes industriels, pour leurs repas de fin d’année, d’une autre salle à La Chaux-de-Fonds. Il est financièrement exclu de la construire, et l’Usine électrique ou la Maison du peuple, susceptibles d’héberger 500 personnes, n’ont pas la capacité requise. Les regards sont tournés vers les anciens abattoirs et leur nef centrale, au cœur de la ville, que la Banque cantonale neuchâteloise avait su aménager en 2015 pour la remise de son prix de l’innovation et, dans la foulée, son repas annuel.

La Chaux-de-Fonds est-elle en passe de vendre un bijou de famille? «Peut-être, mais il faut vivre avec son temps et ses nécessités, dit le président socialiste de la ville. On pourra regretter de ne plus aller à Polyexpo, mais on aura peut-être un site de remplacement plus adapté et confortable. Il ne me semble pas qu’il y ait autant d’affection pour Polyexpo que pour le chalet des Arveyes», référence au fait que La Chaux-de-Fonds a vendu dernièrement un autre de ses bâtiments emblématiques, un chalet alpin à Ollon, lui aussi désuet et délaissé par les Chaux-de-Fonniers. La ville en voulait 1,6 million, elle en a obtenu 800 000 francs du canton de Vaud, qui en fait un centre d’accueil de réfugiés.

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