La Chaux-de-Fonds, si difficile à gouverner

Neuchâtel La métropole horlogère est secouée par l’affaire Monnard, élu PLR démissionnaire

Elle révèle des dysfonctionnements institutionnels

Malgré la volonté affichée lors des élections cantonales de 2013 de s’extirper des «affaires» qui minent le canton de Neuchâtel depuis 2007, d’autres attitudes personnelles inadéquates continuent de défrayer la chronique. Aux affaires Garbani et Hainard sont venues s’ajouter, ces derniers mois, les affaires Perrin, Béguelin, Legrix et Monnard. La situation des deux derniers, élus professionnels à l’exécutif de La Chaux-de-Fonds, fait apparaître des dysfonctionnements institutionnels et politiques dans la troisième ville de Suisse romande avec 39 000 habitants.

Mis à l’écart par ses collègues et un rapport qui dénonçait ses pratiques inadaptées, l’UDC Jean-Charles Legrix s’est accroché et a obtenu sa réhabilitation par la justice. Accusé d’erreurs comptables dans l’établissement des budgets de la ville, le PLR Pierre-André Monnard, même s’il proteste de sa bonne foi, a démissionné, poussé vers la sortie par toute la classe politique, son parti en tête.

La Chaux-de-Fonds est-elle ingouvernable? Les édiles en place sont-ils seuls responsables des pataquès? L’environnement institutionnello-politique de la ville serait-il à ce point pourri?

Un système électoral et présidentiel inadapté

Dominée depuis un siècle par une gauche qui abhorre les têtes qui dépassent – malgré les «règnes» des présidents Francis Matthey et Charles Augsburger ces dernières décennies –, La Chaux-de-Fonds a un système électoral qui pose problème. Pour s’adapter à la Constitution cantonale votée en 2000, la ville a adopté, à contrecœur, le principe de l’élection de l’exécutif local par le peuple – il l’était par le législatif jusqu’en 2000. Mais à deux conditions: l’élection se fait à la proportionnelle, pour donner davantage de poids aux partis qu’aux personnalités, et la ville abandonne le régime présidentiel quadriennal. Les membres de l’exécutif sont présidents à tour de rôle, une seule année.

L’absence de présidence forte nuit à la conduite de l’exécutif, à la communication et à l’identification à l’institution. L’élection proportionnelle, peu engageante pour les candidats profilés, fait arriver aux affaires des seconds couteaux. Ainsi, l’UDC Jean-Charles Legrix a profité de la démission en cours de législature de Pierre Hainard pour intégrer l’exécutif où il a été réélu de justesse en 2012. L’élection de Pierre-André Monnard est ubuesque. Il n’était que troisième de la liste libérale en 2008, avec 916 suffrages, contre 1281 au premier, Frédéric Hainard, qui a renoncé à siéger parce que son père était déjà élu. Le deuxième, Laurent Iff, 1013 suffrages, a décliné pour ne pas mettre en péril son entreprise. Le comptable Pierre-André Monnard a ainsi intégré l’exécutif par la petite porte.

Des voix se font entendre, désormais, pour passer au régime de l’élection majoritaire, à même de davantage séduire les élites de la ville et des personnalités fortes et compétentes.

L’affaire Legrix pas digérée

Après s’être précipités, en découvrant un rapport d’audit, pour exclure l’UDC Jean-Charles Legrix, les quatre autres membres de l’exécutif chaux-de-fonnier, encouragés par des partis politiques trop heureux de se débarrasser du trublion empêcheur de tourner en rond, se sont encoublés. Au plan juridique, où ils ont perdu, puis au plan politique, où ils n’ont pas su faire crever l’abcès. Une commission d’enquête parlementaire à l’échelon local aurait peut-être permis l’introspection que personne n’a voulu faire.

Depuis quatorze mois, l’exécutif de La Chaux-de-Fonds se contente de fonctionner, à huis clos. Mais le collège est à couteaux tirés. Tout au plus montre-t-il une unité de façade pour crier avec les loups et rejeter les indispensables réformes hospitalières.

La collégialité chaux-de-fonnière, dominée par une gauche éclatée, est affaiblie par les incessantes chamailleries politiciennes, le clanisme, un clientélisme que personne ne veut reconnaître et une administration qui a parfois la fâcheuse tendance à se croire au-dessus des intrigues politiciennes, quand elle ne les entretient pas.

Une Cour des comptes?

L’affaire Monnard, c’est l’histoire d’erreurs comptables lors de l’établissement du budget 2014, un problème de transmission d’informations entre l’administration financière et l’élu PLR, puis un aveuglement de la part du «ministre» des Finances. La responsabilité de Pierre-André Monnard est entière. Mais il n’est certainement pas le seul coupable.

Pierre-André Monnard met en cause le service financier de la ville.

La Chaux-de-Fonds a un problème de haute surveillance de ses finances. Les miliciens des commissions du Conseil général n’ont pas les compétences requises.

Trois besoins se font sentir: un renforcement des compétences du service financier; une communication plus claire de l’administration non seulement au conseiller communal responsable des Finances, mais à l’ensemble de l’exécutif; la constitution d’une Cour des comptes locale, confiée non plus à des élus mais à des spécialistes, chargés de non seulement contrôler les finances, mais l’ensemble de «l’appareil d’Etat» de la ville.

Propensionà la pleurnicherie

Plusieurs observateurs font remarquer que les problèmes institutionnels et de personnes rencontrés à La Chaux-de-Fonds le sont aussi ailleurs.

Avec trois spécificités d’importance: l’accumulation de paramètres défavorables est certainement plus conséquente qu’ail­-leurs; les Chaux-de-Fonniers, et plus largement les Neuchâtelois, ont pris la triste habitude de laver leur linge sale en public, ajoutant au chaos ambiant une publicité de mauvais aloi.

En guéguerre de chapelles entre le Haut et le Bas du canton, incapable de se mobiliser pour faire construire une ligne ferroviaire souterraine qui la rapprocherait du Plateau, La Chaux-de-Fonds a une propension à la pleurnicherie pour défendre des acquis d’un autre temps, qui a l’effet pervers de décrédibiliser ses autorités.

Le 21 avril, le Conseil général validera l’accession de Sylvia Morel à l’exécutif, première des viennent-ensuite PLR, en remplacement de Pierre-André Monnard, pour la dernière année de la législature. Enseignante et experte en comptabilité, elle n’aura qu’une priorité: revoir le budget 2015 de la ville.

Plusieurs observateurs suggèrent aux autorités et aux partis politiques de lancer sans délai une réflexion de «salut public» susceptible d’apporter les corrections qu’impose une lecture autre que personnelle de la triste affaire Monnard?

Les édiles en place sont-ils seuls responsables des pataquès ?