Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
EOS et Romande Energie abandonnent leur projet de centrale à gaz sur les hauts de Vouvry. 
© SALVATORE DI NOLFI / Keystone

Valais

A Chavalon, la fin du mirage d’une centrale à gaz

Miné par les bas prix de l’électricité, le projet de centrale à gaz qui aurait dû permettre de réhabiliter l’usine de Chavalon a été abandonné. En friche depuis près de vingt ans, le site appartient désormais au groupe d’Avni Orllati

Sur les hauts de Vouvry, l’usine de Chavalon est à l’abandon depuis 1999. Des quatre tours de refroidissement, ne restent que des squelettes d’acier qui surplombent le Chablais valaisan. Depuis une quinzaine d’années, les propriétaires du site espéraient y installer une centrale thermique au gaz naturel. Ce lundi, EOS et Romande Energie communiquent qu’ils renoncent au projet: «Les prix bas de l’électricité, couplés à l’augmentation des coûts de compensation des émissions de CO2, ne permettent pas d’assurer la rentabilité de la centrale.»

Estimée à des montants qui oscillaient entre 500 et 700 millions de francs, la centrale à gaz nécessitait la construction d’un gazoduc et d’une ligne à haute tension. Elle aurait dû produire 2 à 3 térawattheures chaque année, soit les besoins en électricité de 500 000 ménages. Quand l’autorisation de construire a été délivrée par la commune, en 2009, plusieurs organisations environnementales s’y sont opposées. Le Conseil d’Etat leur a donné raison. Suspendue plusieurs fois, la procédure était toujours pendante devant le Tribunal cantonal.

Nos démarches ont évité la réalisation d’un projet ringard et obsolète

Secrétaire générale du WWF en Valais, Marie-Thérèse Sangra jubile: «Pour le bien du climat, nos démarches ont évité la réalisation d’un projet ringard et obsolète, qui se serait révélé un mauvais choix économique». Vice-présidente de Vouvry, Maryke Bonjean avoue «une petite déception». L’exploitation du site aurait du créer une trentaine d’emplois. Depuis des mois, tout indiquait que le projet était menacé. En mai dernier, peu avant le vote sur la stratégie énergétique 2050, le directeur de l’Office fédéral de l’énergie, Benoît Revaz, affirmait: «Construire une centrale à gaz ne représente aucun intérêt.»

Abandon programmé

Directeur du projet qui a été abandonné ces derniers jours, Jean-François Pilet insiste: «Ce sont les conditions économiques qui nous ont poussé à renoncer à la centrale à gaz, pas la stratégie énergétique 2050». Actualisées régulièrement, les analyses d’EOS et de Romande Energie ne montraient pas de perspective de rentabilité. Alors que rien n’indique que les prix de l’électricité pourraient augmenter prochainement, le Conseil fédéral a mis en consultation une révision de la loi qui entend bientôt doubler la taxe sur le CO2. En avril 2015, le Groupe E a retiré sa demande d’autorisation de construire pour une autre centrale à gaz, à Cornaux.

Pour Arnaud Zufferey, ingénieur spécialiste de la transition énergétique et opposant historique au projet, «EOS et Romande Energie se sont épuisés à naviguer à contre-courant dès le début». La centrale à gaz aurait dû rejeter 750 000 tonnes de CO2 par année. Elle a été mise à l’enquête publique en 2007, deux ans après l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, qui visait justement à réduire ces émissions. Par ailleurs, les mesures de compensation du CO2 suscitaient d’interminables négociations et l’isolement du site aurait nui à son rendement énergétique.

Il n’y aura plus ni production d’énergie, ni industrie à Chavalon

Ces derniers jours, EOS et Romande Energie ont cédé Chavalon au groupe Orllati, une société active dans la démolition et l’immobilier, qui compte plus de 700 employés et génère un volume d’affaires de 200 millions de francs. Mandaté pour mener des travaux de démontage sur le site depuis 2009, le groupe s’engage à terminer l’assainissement des lieux. Selon son chargé de communication, Marc Comina, «il n’y aura plus ni production d’énergie, ni industrie à Chavalon». Pour lui, «le site a du potentiel et il faudra en discuter avec les autorités locales.»

17 villas bien situées

Perchée à 825 mètres d’altitude pour propulser les poussières fines vers d’autres cieux, l’usine a été bâtie en 1964. Pendant plus de trente ans, elle a brûlé chaque année jusqu’à 600 000 tonnes par an de carburant lourd issu de la raffinerie de Collombey. Quand elle a fermé ses portes, 72 employés ont perdu leur travail. L’exécutif communal a d’abord voulu en faire un musée des énergies. EOS a ensuite envisagé de démanteler l’infrastructure pour vendre ses pièces en Turquie. Il a aussi été question de louer les villas sises sur le site, et qui servaient à loger les employés.

En hibernation depuis près de 20 ans, l’usine a servi de décor industriel à des shootings photos ou à des émissions de télévision. Parfois, des base-jumpers prennent leur envol du sommet de la cheminée principale, haute de 120 mètres. Les bâtiments ont même servi à entreposer le cannabis confisqué au chanvrier Bernard Rappaz. Désormais, la valeur de Chavalon semble surtout résider dans les dix-sept maisons qui surplombent la vallée du Rhône. Même si le site se situe dans une zone industrielle, Avni Orllati a choisi de saisir l’opportunité. Son groupe est suffisamment solide pour prendre des risques.

Lire aussi: Le très secret groupe Orllati lève le voile sur ses activités

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a