«Un tout grand bonjour! Nous vous souhaitons la bienvenue à Chavannes!» L'affiche, en français et en albanais, avait été placardée vendredi dernier sur l'une des portes blindées de l'abri de la protection civile, par une classe de Chavannes-près-Renens. Les vandales sont entrés par l'autre porte.

Dans la nuit de dimanche à lundi, un ou des inconnus ont bouté le feu à l'endroit, quelques heures avant l'arrivée des premières familles kosovares. «J'habite juste en face de l'abri PC», raconte André Pouly, l'un des responsables de la Fareas, la Fondation vaudoise pour l'accueil des requérants d'asile dans le canton de Vaud. «J'avais invité quelques proches dimanche soir. L'un d'eux a vu une épaisse fumée s'échapper de l'abri. Il a donné l'alerte à 1 h 19.» Trois équipes de pompiers ont été envoyées sur place. A 2 h 30, l'incendie était maîtrisé.

Hier après-midi, après la minutieuse visite de la police scientifique, l'abri calciné a été ouvert à la presse. Le caractère intentionnel de l'acte est évident: les serrures des deux premières portes ont été violemment forcées. Elles avaient été fermées à clef par les employés de la Fareas qui ont travaillé tout le week-end pour aménager l'endroit. Les lourdes portes en béton blindées de l'abri étaient simplement poussées – on ne peut pas les fermer de l'extérieur.

Le premier regard dans l'abri ne laisse pas de doute: impossible d'y loger qui que ce soit avant longtemps. Tout est calciné. A gauche en entrant, le premier réfectoire-salon: «C'est là qu'on a mis le feu, au fond à droite, sous un canapé», désigne un membre de la PCi. Quelques carcasses de meubles tiennent encore par miracle. Tous les circuits électriques ont été brûlés. La sirène d'alarme en cas de catastrophe située sur l'abri s'est déclenchée accidentellement quelques minutes. Catastrophe: c'est bien le terme que le responsable du centre, Pierre-Alain Verheyen, prononce en secouant la tête: «C'est consternant et lamentable. Je comprends que certaines personnes aient du mal à accepter des réfugiés à côté de chez eux mais je ne peux pas admettre des choses pareilles.» Une enquête est ouverte.

Au village, le débat sur l'ouverture d'un centre pour réfugiés alimentait les conversations depuis plus d'un mois. Juste après que les Suisses ont accepté la nouvelle loi sur l'asile le 13 juin dernier, une pétition avait été lancée par la moitié (centre droit) des autorités municipales: «Nous sommes conscients qu'il y a une situation d'urgence […] et que notre pays a un rôle à jouer», écrivaient les pétitionnaires. «Cependant, nous pensons qu'il est indispensable de tenir compte de la région d'accueil et de ses moyens.» Le lieu retenu à Chavannes est jugé inadapté: «Tant qu'une solution pour l'accueil de jour n'est pas trouvée et qu'une réponse précise aux frais supplémentaires ne nous est pas garantie, nous ne pouvons pas accepter que notre commune accueille des réfugiés dans les locaux de la PCi.»

La pétition a été signée par plus de 400 habitants et déposée vendredi à l'Etat de Vaud. Mais tous les signataires ne protestaient pas contre les conditions d'accueil: «Le centre est tout près du collège», déplore une mère de famille sur la place de jeux du quartier de la Blancherie. «C'est dangereux. En plus, on ne sait pas de quoi sont capables ces petits réfugiés traumatisés qui doivent être scolarisés avec nos enfants. Non, je crois que Chavannes, avec 46% d'étrangers, a assez donné.» Sa copine acquiesce: «Ça fait drôle de parler comme ça, mais c'est vrai. Moi je ne suis pas tranquille quand ma fille sort à Renens. Ici, c'est un peu plus sûr et il faut que ça le reste. Des Securitas surveillent mon immeuble depuis l'été dernier. Deux appartements avaient été visités, ainsi que le magasin d'alimentation et la pharmacie», dénonce l'autre dame. Plus haut sur la place, la pharmacienne confirme: «Nous avons été cambriolés trois fois en dix ans. Mais ça n'a rien à voir avec la population étrangère. Ce sont des toxicos qui cherchent à s'alimenter. Ce n'est pas pire qu'avant: quand nous avons repris la pharmacie il y a douze ans, elle détenait le record des cambriolages de la région», juge-t-elle. Chavannes compte actuellement 2995 Suisses et 2627 étrangers, dont 694 Italiens, 475 Portugais, 275 ex-Yougoslaves, 227 Espagnols et 192 Turcs. La proportion d'étrangers augmente chaque année depuis dix ans. Les délits aussi: 74 cambriolages, vols et effractions en 1990, 129 en 1995. A la police municipale, le commissaire Daniel Prahin affirme qu'il y a un lien entre les deux statistiques. Mais est incapable d'en donner la preuve chiffrée: «Je ne note pas si le délit est commis par un Suisses ou un étranger, un Youyou ou un Turc. Mais bon, il faut savoir qu'il y a 85% d'étrangers dans les prisons vaudoises.»

Hier, la syndique Denise Perler, membre d'un parti dissident des socialistes, avait réuni la presse pour condamner haut et fort l'acte criminel. «Je ne veux pas croire que c'est un Chavannois.» Elle refusait d'admettre que la pétition municipale avait fait le lit des sentiments xénophobes de sa localité, même si elle avoue avoir reçu des lettres de soutien à caractère raciste. Elle disait aussi ne pas regretter sa pétition: «Si c'était à refaire, je le referais.»