Christian Varone, pour le grand public, c’est le commandant de la police cantonale valaisanne apparu en héros pour sa gestion exemplaire de l’accident de car de Sierre. La mort de 22 enfants belges en mars dernier avait ému l’opinion internationale. Pour le Valais politique, c’est celui dont on murmure depuis des mois qu’il sera le candidat libéral-radical pour les élections au Conseil d’Etat de 2013 lorsqu’il faudra remplacer Claude Roch (PLR). Christian Varone ne s’est pas prononcé officiellement pour l’instant. Il le fera avant l’été, mais reconnaît être « intéressé par la fonction ».

« La décision n’est pas facile à prendre parce que j’aime mon travail actuel. Ma décision dépendra également de l’autorisation du Conseil d’Etat», explique-t-il. Il se trouverait aussi exposé à un duel face à l’UDC Oskar Freysinger, candidat déclaré depuis des mois pour attaquer l’unique siège PLR . « Je ne fais pas de politique pour ou contre quelqu’un. Ce qui m’intéresse, c’est de défendre certaines valeurs de société», rétorque Christian Varone.

Les concurrents habitent tous deux à Savièse. La commune est réputée pour soutenir les siens quel que soit le parti. Aux dernières élections nationales, elle a ainsi envoyé à Berne le socialiste Mathias Reynard et l’UDC Oskar Freysinger, parfois sur un même bulletin. Pourtant, dans ce duel à venir, elle a choisi son camp, dit-on. « Christian Varone sera unanimement appuyé ici », jure Michel Dubuis, président de la commune.

Leader aguerri

Charismatique, pragmatique, droit, sérieux… De tous bords et de tous milieux, le discours n’est qu’élogieux. On le décrit comme un leader aguerri - il est colonel à l’armée - sachant être à l’écoute de ses troupes. « Je suis présent sur le terrain avec eux, c’est essentiel, mais je sais aussi qu’ils sont toujours là quand j’ai besoin d’eux, mêmes s’ils sont en congé», décrit Christian Varone. A l’exécutif de Savièse où il a siégé pendant trois ans, Michel Dubuis estime qu’« il a apporté des solutions pragmatiques dans la gestion des finances et la culture». Pour Michel Rothen, président de PDC du Valais romand qui a côtoyé Christian Varone au sein de la commission de justice du Grand conseil, « il a les plus grandes qualités humaines. »

Issu du petit parti libéral valaisan, une formation de notables et de « têtes », il défend «des valeurs comme la responsabilité individuelle et l’esprit d’entreprise ». Mais il est aussi un humaniste : « Une société se mesure à ce qu’elle fait pour les plus faibles» dit-il en choisissant une formule si usitée qu’elle en est presque un lieu commun. De son travail de policier, il dit avec empathie sa préoccupation face à la misère croissante, à l’écart qui se creuse entre riches et pauvres. Il est encore un peu philosophe, aimant citer les stoïciens ou les Maximes de Marc-Aurèle : « Il faut se souvenir que nous ne sommes rien sur cette terre et que nous devons nous consacrer à améliorer l’existence des gens », résume-t-il. Du même mouvement, il revendique la devise plus « terroir » des Saviésans : « Pa capona », du patois pour dire qu’on n’abandonne jamais. « Je ne suis pas carriériste, dit-il, je fais les choses comme elles se présentent, là où on a besoin de moi. »

Unanimité apparente

L’image est parfaite. Comme un portrait posé, à la lumière soigneusement étudiée. Contre le commandant, même Oskar Freysinger à la dent douce. « J’ai de très bonnes relations avec Christian Varone », souffle-t-il en courant le long d’un bisse valaisan. Ce n’est que dans les coulisses, assurés de la confidentialité de leurs propos, que certains estiment qu’il a profité de son poste et de sa médiatisation en vue de sa candidature. « Christian Varone, en Belgique et en uniforme, a marqué son territoire. Il a dit ainsi aux Valaisans qu’il était prêt à remplacer Claude Roch, le transparent », écrit l’avocat Stéphane Riand sur son blog. En Valais, on spécule depuis déjà deux ans sur ses ambitions ministérielles.

Tenu à un devoir de réserve lié à sa fonction, il n’a pas un profil politique très affirmé. Face à l’excessif Oskar Freysinger, la gentillesse ne suffira pas, estiment certains. L’apparente unanimité autour de la candidature de Christian Varone énerve aussi les viennent-ensuite, candidats potentiels écrasés sous l’ombre du commandant. Au sein du PLR récemment fusionné, les radicaux pourraient ne pas accorder si facilement leur soutien à sa candidature. Le PLR a décidé jeudi de ne miser que sur un candidat, qui sera désigné le 6 septembre. « Aucune désignation au sein de ce parti n’a été un long fleuve tranquille en Valais », disent ceux qui ont la mémoire des années.