La nouvelle a créé la surprise. Urs Rechsteiner, chef de la police genevoise, a annoncé mardi qu'il ne souhaitait pas être confirmé à son poste en octobre prochain. Le haut fonctionnaire invoque les raisons de santé qui avaient déjà nécessité son hospitalisation il y a deux mois, en pleine période de crise. Si la maladie reste pour tous une explication suffisante, beaucoup se demandent s'il ne faut pas voir aussi d'autres causes à ce retrait.

«Chacun son rôle»

Une manière de prendre acte de la défiance marquée par ses troupes lors du boycott de son rapport annuel ou de gérer une détérioration perceptible de ses relations avec Micheline Spoerri, présidente du Département concerné. «A mes yeux, il n'y a rien de tel, nous avons chacun joué notre rôle», répond la magistrate libérale. Quelles qu'en soient les motivations, l'annonce d'un nouveau flottement à la tête de la hiérarchie tombe au plus mal pour une institution déjà passablement ébranlée.

Le communiqué est tombé tard, laconique, sans autres commentaires du principal intéressé. Le Conseil d'Etat y annonce la demande de changement d'affectation du chef de la police, qui souhaite rester actif au sein de la direction, mais à un autre poste. Les démarches pour la nomination de son successeur seront entreprises de suite, en collaboration avec Urs Rechsteiner, qui entend ainsi faciliter la transition. «Compte tenu de la charge que représente ce poste, il a préféré tempérer son rythme de travail tout en restant dans le giron de la police. Je ne peux que m'incliner face à ce choix», explique Micheline Spoerri.

Cicatrisation post-G8

On se rappelle qu'Urs Rechsteiner, qui avait longtemps occupé le poste de chef de la police judiciaire, a été nommé à la tête de la maison en octobre 2003 après une période de turbulences et un long intérim. Beaucoup voyaient en lui le chef capable de gagner la confiance d'un corps divisé, de rétablir un peu de sérénité après le psychodrame du G8, et surtout de contenir la toute puissance des syndicats.

Les choses se sont avérées plus compliquées que prévu. Durant l'année 2004, les bavures et dérives se sont multipliées, donnant une bien piètre image des forces de l'ordre et de leur encadrement. Pour ne rien arranger, les retouches apportées à la nouvelle loi sur la police ont accentué le mécontentement des troupes.

Pris entre deux feux, Urs Rechsteiner a essuyé un premier revers en janvier, lorsque ses hommes ont décidé de boycotter le rapport annuel où il allait justement annoncer ses problèmes de santé. Une hospitalisation qui l'a de plus écarté des ultimes rencontres entre les syndicats de police et la cheffe du Département. Séances durant lesquelles des solutions ont été trouvées pour apaiser le conflit et mettre un terme aux actions prévues.

«On s'interroge tous sur la signification de cette annonce», relève Frédéric Wagner, président du syndicat de la police judiciaire, tout en relevant que le chef avait été passablement ébranlé par le boycott de son rapport. Un autre de ses collègues trouve que l'issue ne colle pas avec le personnage. «On a envie de croire que c'est par idéal et qu'il veut enfin profiter un peu de la vie en quittant un poste exigeant qui demande un investissement énorme. Mais on se pose des questions. L'homme est un militaire, très attaché à la hiérarchie. En cette période électorale où plus rien ne compte, peut-être s'attend-il à des prises de position qu'il aura du mal à suivre sans broncher», avance un autre inspecteur.

«Nécessaire vision stratégique»

Du côté des politiques, ce demi-départ n'attise pas la méfiance mais suscite quelque inquiétude pour l'avenir de la maison. Le libéral Mark Muller «regrette que des problèmes de santé amènent le chef de la police à renoncer à une charge dans laquelle il avait réussi à s'imposer». La déception est aussi de mise chez le démocrate-chrétien Pierre-Louis Portier qui déplore une véritable perte pour l'institution. «L'enjeu sera de retrouver une perle rare pour le remplacer. Cette police est mal en point. Elle a besoin d'un chef qui dispose d'une vision stratégique et d'une volonté de réforme», ajoute le vert Antonio Hodgers.