La question était sur toutes les lèvres. Qui a le meilleur profil pour monter au front du très exposé Département des institutions? Aucun des élus n’ayant affirmé le vœu de diriger la police et de se frotter à la délicate problématique de la sécurité, les réponses restent forcément prudentes.

«David Hiler est le seul à avoir le format pour ce dicastère.» Et c’est un libéral, Renaud Gautier, qui le dit. Le Vert, meilleur élu du canton et déjà homme fort du précédent gouvernement, a participé aux négociations sur le futur salaire des forces de l’ordre et connaît bien les revendications de leurs membres. Le grand argentier aurait toutefois déjà déclaré qu’il n’était pas prêt à lâcher les Finances en pleine crise.

David Hiler mis entre parenthèses, le débat se décline ensuite sur une logique qui unit, pour une fois, la gauche et la droite. C’est bien à l’Entente, qui a largement critiqué le manque de fermeté du ministre socialiste Laurent Moutinot et qui devient de surcroît majoritaire, de prendre aujourd’hui ses responsabilités. «Il est temps d’apporter la preuve de ce que l’on sait faire en la matière», dit Michel Halpérin, président du Parti libéral. «Il y va de la crédibilité de notre discours», ajoute le PDC Fabiano Forte.

A la tête du Parti socialiste, formation toujours aussi peu à l’aise pour aborder avec ses propres valeurs le thème de la sécurité, René Longet ne les contredira pas: «La gauche n’est pas là pour abandonner des domaines et sera coresponsable de la politique gouvernementale en matière de maintien de l’ordre. Mais il est clair que nous revendiquons d’abord l’éducation et le social.»

Seul le conseiller d’Etat Mark Muller ne semble pas d’accord avec ce raisonnement et ne trouve pas essentiel que la nouvelle majorité reprenne ce département. Peut-être craint-il d’être tout désigné pour ce siège, lui qui a été avocat, député membre de la commission judiciaire qui a travaillé sur la loi sur la police et magistrat impliqué, via son Département des constructions, dans la planification des vastes chantiers pénitentiaires.

L’option radicale

Le radical François Longchamp semble tout aussi formaté pour relever ce défi. Des études de droit, une expérience de l’exécutif, un goût pour les réformes, un sens de l’Etat qui lui ferait peut-être accepter un tel sacrifice. L’intéressé reste toutefois des plus vagues sur la question. Et le président du Parti radical, Hugues Hiltpold, s’attardait lui aussi hier sur les priorités que sont les transports et l’énergie.

Le scénario Longchamp comporte aussi un bémol. Les radicaux occupent déjà nombre de postes liés à l’ordre public: Pierre Maudet à la tête de la sécurité de la Ville de Genève, le procureur général Daniel Zappelli à la tête du pouvoir judiciaire. En deuxième ligne, il y a encore le directeur de Champ-Dollon et le président des juges d’instruction. Cela fait un peu beaucoup. Il n’y a pas si longtemps, on rechignait même à nommer un chef de la police dont l’étiquette politique était identique à celle du patron du Parquet, pour maintenir un certain équilibre.

Quant à Pierre-François Unger, qui est allé se faire une frayeur aux Pâquis pour évoquer les «zizous» et autres voleurs à l’astuce durant la campagne, il n’est visiblement pas très preneur et ne s’impose guère dans ce contexte. A droite toujours, Isabel Rochat – dont le passage à l’exécutif de Thônex et l’expérience de déontologue de la police ne suffiront pas à effacer l’étiquette de novice – semble peu préparée à s’engager sur ce terrain miné. Le slogan «tolérance zéro» dont elle a parsemé son discours ne rassure qu’à moitié ceux qui attendent une personnalité qui redresse la barre et s’impose aussi face aux syndicats souvent survoltés de la police. Les jeux sont loin d’être faits.