En Suisse, l'aide sociale devrait mieux prendre en compte les besoins de ses usagers, et les institutions gagneraient à se coordonner davantage. Car «les efforts d'intégration déployés par les autorités peuvent facilement déboucher sur l'exclusion». Telles sont les conclusions générales, peu bouleversantes, du Fonds national de la recherche scientifique (FNS) au terme d'une batterie d'études sur le thème «intégration et exclusion». Ce programme national de recherche, dit PNR, avait été commandé par le Conseil fédéral en 2000. Marquant sa clôture mardi, les responsables du Fonds national ont défendu les PNR, qui subissent les attaques régulières de certains milieux.

Ces études sont toujours souhaitées par le gouvernement, et dotées de montants allant de cinq à vingt millions de francs. Une soixantaine ont été lancées depuis les années 70. Celle sur l'intégration et l'exclusion suivait le travail de mémoire entamé à propos de la sédentarisation forcée des jeunes Tziganes.

La platitude de la conclusion de ce PNR, qui porte le numéro 51, embarrasse les chercheurs eux-mêmes. Car le programme a généré pas moins de 37 recherches et cinq ouvrages, par une centaine de spécialistes, sur des thèmes aussi divers que la difficulté à trouver un apprentissage pour les jeunes étrangers, le travail indépendant chez les migrants («ethnic business») ou la fracture numérique.

«Echapper au populisme»

Rassembler une telle masse sous un message commun relève du casse-tête. Et avive les critiques souvent adressées à l'égard de ces programmes. Chaque année, l'UDC les fustige lors du débat budgétaire en jugeant inutile cette recherche décrétée par le Conseil fédéral. Un opprobre porté avec une arrière-pensée politique, les conclusions de certains PNR étant vues comme des argumentaires de gauche.

Il y a peu, economiesuisse redisait aussi ses doutes à l'égard de ces «corps étrangers» dans les activités du FNS, dominés par des «options politiques», qui empiètent sur la recherche sectorielle de l'administration.

La conseillère nationale Martine Brunschwig Graf (lib./GE) estime «important que nous, politiciens, puissions nous nourrir de tels travaux, pour échapper à la tentation du populisme». Mais face aux scientifiques, elle ne manque pas d'exprimer ses réserves.

D'abord, pourquoi devoir attendre huit ans? Une telle recherche devrait justement être «plus réactive» que les travaux fondamentaux. Ensuite, la Genevoise déplore l'absence d'un tableau de bord final, d'une synthèse vraiment utile à la décision: «Il faut une présentation des résultats en relation avec les enjeux», réclame-t-elle. Manière de souligner que les enjeux motivant le lancement de telles études se perdent au fil des étapes. La députée évoque d'ailleurs le risque d'une «recherche scientifique en bocal», et plaide pour que les analystes «évitent tout militantisme».

Déléguée du Conseil de la recherche du FNS, Béatrice Veyrassat défend des programmes «utiles, qui permettent de transférer des connaissances vers le public ainsi que les autorités ou les milieux économiques. Mais qui ne donnent pas de solutions clés en main». Membre du comité de direction du PNR 51, Walter Leimgruber met en avant l'enthousiasme des chercheurs qui se frottent à ce type de recherches sociales appliquées, peu valorisées dans les carrières académiques.

A l'origine de ce PNR, Ruth Dreifuss reconnaît que sa conclusion «n'est pas étonnante, mais c'est dans les analyses fines de certains mécanismes que ces travaux prennent leur valeur». Aux yeux de l'ancienne conseillère fédérale, ces programmes révèlent en outre les carences helvétiques en matière d'outils pour mieux comprendre la société, notamment en statistiques. Un PNR reste ainsi «un instrument pertinent, même s'il est difficile». L'essentiel réside dans «l'appropriation des résultats par les acteurs sociaux».

A ce propos, les limites de l'exercice apparaissent déjà. Invités par le Fonds national, un représentant de l'USS ainsi qu'un membre de l'USAM ont débattu de la thématique traitée par les chercheurs. La discussion se fige vite dans l'opposition entre la montée de la précarité, à gauche, et la nécessité du partenariat social, à droite. «Mais enfin, qu'entend-on par intégration?» veut conclure un intervenant. Faudra-t-il huit ans de réflexions supplémentaires?