Après la colère, la mobilisation. Sociologues, politologues, économistes et autres représentants des sciences sociales préparent un manifeste destiné aux associations professionnelles, dont les propositions seraient de nature à revitaliser et accroître la visibilité de ces disciplines. Au programme: développer des écoles doctorales, «reconsidérer» la politique de la relève (donc le statut des assistants), enrichir les base de données, aller planter le drapeau de ces sciences dans les institutions moins sensibles à leurs problématiques (EPF, hautes écoles spécialisées), voire créer une «Maison nationale des sciences sociales» qui regroupe recherches, documentation et attaches aux réseaux internationaux. Lancé par le sociologue neuchâtelois François Hainard au terme d'un colloque sur l'avenir des sciences sociales organisé vendredi à l'Université de Neuchâtel, ce manifeste montre que les chercheurs veulent dépasser le stade de la colère.

Elle est pourtant encore latente. L'attribution minimaliste, par les autorités fédérales, de pôles de recherche nationaux à ces secteurs (Le Temps du 19 décembre 2000 et du 22 février) fut la goutte d'eau qui a fait déborder le vase dans un domaine sous-doté alors que les effectifs d'étudiants ont explosé ces dernières années. Mais il faut «se remettre en cause et apprendre», lance la Bernoise Claudia Honegger. La mobilisation va de pair avec une autocritique, qu'alimente par exemple le directeur de l'Office fédéral de la statistique, Carlo Malaguerra: «J'ai toujours voulu développer les collaborations avec les chercheurs. Je suis mécontent. Une culture de recherches individuelles domine toujours.» Les sciences sociales doivent «se faire aimer», glisse un participant. Tout en s'attaquant enfin à un mal endémique, l'incapacité à offrir des conditions de travail valorisantes aux assistants, relève le Genevois Walo Hutmacher. Outre le manifeste, l'Académie des sciences humaines et sociales se dotera d'un groupe de travail pour mettre à plat toutes ces propositions, idée creusée par les Lausannois Dietmar Braun et René Levy. Il faudra aussi se mettre au lobbying, estiment certains, par exemple pour augmenter les crédits du Fonds national ou que soit reconduit, au-delà de 2003, le fécond programme «Demain la Suisse».

Voix rassurante

Administratrice à la Commission européenne, Fadila Boughanemi rassure les chercheurs suisses en leur rappelant que «la situation des sciences sociales est critique dans tous les pays de l'Union». Pour faire passer leurs budgets, les spécialistes doivent apprendre à «mettre en valeur la possible utilisation politique de leurs travaux; dès que l'on parle aux Etats membres de leurs propres sous, ça les intéresse». «Pas question» pour autant d'instrumentaliser la recherche: l'essentiel est d'en extraire la «moelle politique».