Il y a les aficionados de la Direction du développement et de la coopération (DDC) et les pro-Secrétariat d'Etat à l'Economie (Seco). Ces deux instances gèrent toutes deux l'aide publique au développement, mais pas forcément avec les mêmes objectifs, la même vision. Alors que le Conseil fédéral s'interroge sur le besoin de concentrer ou non ces deux offices en un seul département, leur «guéguerre» s'est encore fait ressentir lors d'un symposium organisé par Alliance Sud, à l'occasion de la sortie d'un livre de son directeur, Peter Niggli (LT du 15.05.08). Le débat était forcément chaud: le parlement doit se prononcer en juin sur les nouveaux crédits de la coopération suisse. Le Conseil fédéral propose 4,5 milliards pour la DDC et 800 millions pour le Seco pour 2009-2012.

Lors d'une table ronde l'opposant au directeur suppléant de la DDC, Remo Gautschi, et au directeur d'Helvetas, Jean-Daniel Gerber a bien défendu son os. L'aide suisse, trop souvent instrumentalisée pour satisfaire des intérêts économiques? «Pour combattre la pauvreté, le monde économique ne peut pas être écarté! Le Seco y contribue via la promotion des PME», a insisté son patron. Celui-ci a également cherché à balayer un reproche, celui selon lequel le Seco se désengage des pays les plus pauvres pour se concentrer sur ceux avec lesquels il envisage de signer des accords de libre-échange. «Ce n'est pas tout à fait cela. Nous voulons que la DDC se concentre sur les pays les plus pauvres pour que nous nous concentrions sur les autres, et je ne vois du reste pas en quoi les accords de libre-échange seraient mauvais. Mais si la DDC veut que nous collaborions dans certains de ses pays prioritaires, elle n'a qu'à nous le demander!»

Pas d'agendas cachés

Pour Martine Brunschwig Graf (PLS/GE), invitée à s'exprimer lors d'une deuxième table ronde réunissant des parlementaires, il est légitime que des interdépendances existent entre l'aide au développement et d'autres secteurs. «Il faut en revanche que nos objectifs soient clairs et transparents, pour éviter tout agenda caché», avertit-elle. Le Vert Luc Recordon partage cet avis. Pour ce qui est de l'efficacité de l'aide, le Vaudois revendique des évaluations sérieuses. Elles font défaut aujourd'hui. D'où la difficulté de réclamer une hausse des budgets, notamment pour atteindre les 0,7% du PNB selon les Objectifs du Millénaire de l'ONU.

Ndioro Ndiaye, directrice adjointe de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a conclu le symposium avec énergie. «En Afrique, il faut 60000 dollars pour former un médecin. Or, les coûts générés par l'exode des médecins dépassent le montant de l'aide publique au développement. On peut donc se demander si ce n'est pas finalement le Sud qui subventionne le Nord...» a lancé l'ex-ministre sénégalaise. Voilà qui fait réfléchir.