Depuis le début du mois de novembre, les grèves de salariés se multiplient au sein de l’entreprise helvétique Smood, spécialisée dans la livraison de repas à domicile. Au total, une trentaine de livreurs débraient chaque soir à Neuchâtel, Yverdon et Nyon. Mais d’autres villes pourraient suivre le mouvement.

Un fonds de solidarité

La première grève a débuté le 2 novembre à Yverdon. Une autre a été lancée à Neuchâtel deux jours tard. Ce lundi 8 novembre, des collègues nyonnais se sont à leur tour mis en grève. Une action de protestation a été organisée devant une chaîne de fast-food, a communiqué sur son site le syndicat Unia, qui se tient aux côtés des livreurs en colère.

Des piquets de grève sont organisés tous les jours dans ces trois villes. Dès 18h, les livreurs impliqués dans cette mobilisation cessent leur activité. Soit pendant la période plus importante en matière de commandes, souligne Aymen Belhadj, le secrétaire syndical transport-logistique chez Unia Vaud.

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Treize salariés débraient à Yverdon (sur une vingtaine de livreurs), onze à Neuchâtel (sur dix-sept) et sept à Nyon (sur douze), détaille Aymen Belhadj. Pendant cette grève, ils sont soutenus financièrement par un fonds de solidarité mis à disposition par Unia et alimenté par les réserves du syndicat.

Une «pétition pour plus de respect» a également été lancée. Elle contient les revendications des grévistes. Ceux-ci réclament une meilleure planification de leurs horaires, une répartition équitable des pourboires et des vacances, la fin des pénalités abusives, le paiement des jours de travail en cas de maladie, l’indemnisation des frais de téléphone, de transport et d’entretien des vêtements de travail, ainsi qu’un salaire de 25 francs de l’heure, majoré de 25% pour le travail de nuit (dès 22 heures) et de 50% pour le travail du dimanche.

«Comme le prévoit la loi»

Les coursiers et Unia pointent du doigt «d’importants soldes d’heures non payées.» Ils dénoncent l’utilisation d’un nouvel outil «imposé de manière unilatérale début septembre, sans consultation du personnel» qui «force les livreurs à s’annoncer – sur la plateforme – tous les matins à 4 heures pour espérer avoir du travail le jour même, alors que l’ancien système leur permettait de connaître leurs horaires à l’avance.»

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En ce qui concerne le remboursement des frais d’utilisation des véhicules, Aymen Belhadj affirme qu’il ne correspond pas aux dépenses effectives. Certains livreurs ont «le privilège de rouler en voiture Smood sur la base de critères que nous ne connaissons pas», déclare-t-il. Bien que la majorité d’entre eux utilise leur véhicule privé. Ils toucheraient entre 30 centimes et 2 francs d’indemnité par heure. «Nous réclamons 70 centimes par kilomètre, comme le prévoit la loi.»

A Nyon, Unia rappelle que les livreurs travaillant pour le compte de Smood sont engagés à travers la société genevoise de placement Simple Pay, à qui les griefs sont également adressés. Cette dernière a été créée en 2018 par une cofondatrice et ancienne directrice de Smood.

Les livreurs embauchés par Simple Pay sont sous le régime de la convention collective de travail (CCT) location de services et n’ont pas le même type de contrat que ceux travaillant directement pour Smood. Contacté par Keystone-ATS, Smood répond que les deux entreprises «travaillent conformément au droit suisse.»

Des négociations ou «discussions» en cours

Les grèves soutenues par Unia surviennent alors qu’un autre syndicat, Syndicom, est en discussion depuis le mois de janvier avec Smood au sujet d’une CCT, comme l’ont confirmé les deux parties. «Cela n’enlève rien au droit des livreurs à faire valoir leurs revendications publiquement», estime Aymen Belhadj. Ce dernier ajoute que de nouveaux débrayages devraient avoir lieu à d’autres endroits prochainement.

Smood assure entendre «continuer à améliorer les conditions de travail de ses livreurs, c’est pourquoi elle a entrepris des négociations avec Syndicom.» Le «cadre contractuel général» en cours d’élaboration «inclura les sujets abordés à Yverdon, Neuchâtel et Nyon.» L’entreprise promet que «les résultats seront accessibles au public très prochainement.» Mais Syndicom ne s’avance pas autant et préfère parler de «discussions.»

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Au sujet des véhicules, Smood répond employer plus de 1000 livreurs en Suisse et «ne pas pouvoir donner une voiture à tout le monde […] Cependant, nous étendons constamment notre flotte de vélos et de trottinettes électriques afin d’éviter les embouteillages dans les centres-villes et de soutenir les conducteurs qui préfèrent un véhicule plus léger pour leur livraison.»

Fondée en 2013, Smood est active dans tout le pays. L’entreprise basée à Plan-les-Ouates (GE) est un concurrent d’Uber Eats et d’Eat.ch et est un partenaire stratégique de Migros.