Migrations

A Chiasso, Amnesty dénonce des procédures d’asile «entravées»

Pour une délégation d’Amnesty International, l’absence d’informations et d’interprètes à la frontière tessinoise nuit à la prise en charge des migrants mineurs

«La Suisse enfreint les droits des mineurs.» Amnesty International dresse un bilan sévère du traitement des réfugiés mineurs non accompagnés (MNA) à la frontière tessinoise. Selon l’organisme, nombre d’entre eux n’ont pas accès à la procédure d’asile et sont systématiquement renvoyés vers l’Italie. En cause: de «sérieux problèmes de communication», un «manque de formation des gardes-frontières» et une «méconnaissance des obligations de la Suisse en vue du droit international».

Un constat partagé par des ONG italiennes et tessinoises qui se sont réunies mercredi matin à Chiasso. Elles demandent que toute personne voulant demander l’asile soit orientée vers le Secrétariat d’Etat aux migrations pour une procédure préliminaire: ceci même si elle ne dispose pas de documents d’identité ou si la demande n’est exprimée qu’au second ou troisième passage.

Plusieurs interviews effectuées

Sur place à plusieurs reprises depuis mi-août, une délégation d’Amnesty International a mené une trentaine d’interviews dans les campements érigés aux abords de la gare de Côme et auprès des mineurs hébergés dans la Paroisse de Rebbio.

«De nombreux MNA ont été renvoyés en Italie sans décision formelle par les autorités suisses lorsqu’ils cherchaient à passer la frontière, alors que selon leurs dires, ils étaient venus chercher la protection et tentaient de rejoindre des membres de leur famille en Suisse ou dans d’autres pays européens», déplore Denise Graf, coordinatrice asile à la Section suisse d’Amnesty International.

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Chaque mineur transféré d’une autorité à une autre est accompagné et surveillé en tout temps par la police des frontières

Autre son de cloche chez les douaniers qui ont souligné mardi, lors d’une conférence de presse, être régulièrement confrontés à des abus. Certaines personnes ne demanderaient l’asile en Suisse qu’après leur troisième entrée sur le territoire, déclineraient une fausse identité ou se désisteraient de la procédure au dernier moment. En ce qui concerne les MNA, l’Administration fédérale des douanes précise qu’ils sont traités conformément aux accords internationaux et dans le respect des droits humains.

«Chaque mineur transféré d’une autorité à une autre est accompagné et surveillé en tout temps par la police des frontières», détaille en outre David Marquis, porte-parole. Quelque 450 mineurs non accompagnés ont été recensés à Chiasso depuis la mi-août. La plupart étaient âgés de 16-17 ans et originaires d’Érythrée ou d’Ethiopie.

Evaluer chaque cas

«L’audition des migrants à la frontière a lieu sans interprètes, avec des douaniers itinérants qui n’ont ni les compétences ni les moyens d’exécuter cette tâche», constate Denise Graf. Ces deux dernières semaines, deux tiers des migrants sans papiers ont été refoulés vers l’Italie, un taux «inhabituellement haut». «Il y a plusieurs manières d’exprimer une demande de protection, toute personne a le droit d’être informée dans une langue qu’elle comprend.»

Amnesty International enjoint la Suisse à respecter la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant et l’ordonnance Dublin III. Cela implique un hébergement distinct et la désignation d’une personne de confiance. «Des solutions existent, poursuit la coordinatrice. Si on prend le temps d’évaluer chaque cas et de rechercher les éventuels liens de parenté.»

L’application stricte de la loi sur l’asile est inadmissible

Lire aussi: A Côme, le sort des mineurs non accompagnés inquiète des ONG

La situation des mineurs à Côme préoccupe les ONG depuis longtemps. Le 18 août dernier, l’Alliance pour la défense des enfants migrants (ADEM) avait dénoncé «la confusion régnante, le risque d’arbitraire, le manque de structures et de moyens et le déficit de personnel formé capable de sauvegarder l’intérêt des enfants». «L’application stricte de la loi sur l’asile est inadmissible, commente Olivier Geissler, directeur de la Fondation suisse du Service social international, membre du collectif aux côtés de Terre des hommes, de l’Institut international des droits de l’enfant et de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés.

Les MNA doivent avant tout être considérés comme des enfants, indépendamment de leur statut migratoire. La Suisse est responsable de cette population, particulièrement vulnérable pour les risques qu’elle encourt lorsqu’elle est livrée à elle-même. Elle se doit donc de veiller à son intérêt supérieur conformément à ses obligations internationales.»

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