Terrorisme

«Notre chiffre d’affaires a baissé de 30% à cause de l’alerte»

A Genève, à l'approche des fêtes, tout le commerce de détail est touché par les conséquences de l'alerte. Pierre Brunschwig, patron de Bongénie Grieder, accuse les autorités de communication inappropriée

Lorsque le Temps a joint Pierre Brunschwig, associé gérant du groupe Bongénie Grieder, il était en pleine séance. Une séance dont il se serait bien passé, puisqu’il s’agissait d’évoquer les mauvais chiffres de vente suite à l’alerte attentats à Genève.

– A combien chiffrez-vous les dégâts?

– Pierre Brunschwig: Bongénie Grieder déplore 30% de baisse du chiffre d’affaires pour vendredi et samedi. Nous avons comparé avec nos autres succursales de Zurich, Berne et Bâle. Notre situation n’est hélas pas singulière. Lors d’une réunion lundi du Trade club de Genève, les commerces genevois ont annoncé avoir subi entre 20% et 40% de baisse de leur chiffre d’affaires selon les enseignes.

– Craignez-vous pour la fin de l’année?

– Cette situation risque de pénaliser les affaires cette semaine encore. C’est préoccupant car le mois de décembre, pour un groupe comme le nôtre, pèse 14% à 15% du chiffre d’affaires annuel. Malheureusement, le mal est fait. Je suis frappé par le nombre de gens qui m’ont dit ne plus vouloir venir en ville. Cela ne fait que s’ajouter aux problèmes du commerce du détail, déjà fortement péjoré par le franc fort. J’estime que les autorités genevoises n’ont pas pris leurs responsabilités.

– Qu’auraient-elles dû faire selon vous?

– Elles ont géré cette crise de manière inappropriée. Soit il y avait une menace réelle et imminente, auquel cas il fallait tout fermer, comme à Bruxelles; soit il fallait renforcer la présence policière sans communiquer.

– Mais la population aurait été encore plus inquiète!

– Je crois au contraire que personne ne s’en serait aperçu, étant donné la conjonction avec les manifestations de la fin de l’année. De toute manière, ce déploiement policier me semble une chimère. La police genevoise ne peut pas doubler ses effectifs d’un coup! Tout au plus peut-elle demander à ses collaborateurs de renoncer temporairement à des congés. Même chose pour les douanes, qui n’étaient pas renforcées. Nos collaborateurs frontaliers ont simplement emprunté les petites douanes, restées vides, au lieu de passer par Bardonnex. Je suis fermement convaincu que les autorités ont fait tout un baratin pour rassurer la population.

– Lundi soir, le canton a annoncé maintenir son niveau de vigilance, la menace étant toujours considérée comme réelle. N’êtes-vous pas dans le déni?

– La Suisse dans son ensemble paraît peu préparée à de tels problèmes, on a l’impression d’un manque de préparation, de procédures floues… Quant aux autorités genevoises, j’ai l’impression qu’elles se conduisent comme des apprentis sorciers. A moins qu’elles veuillent plagier les démonstrations de force à la française ou à l’américaine! En attendant, c’est le commerce de détail qui en pâtit.

– Votre commerce a-t-il reçu des consignes de la police?

– Aucune. Nous avons posté un ou deux gardes chargés de la sécurité en plus dans notre magasin, histoire de rassurer un peu. Mais le flou qui règne, entretenu par cette façon de tout dire et de ne rien dire à la fois, n’est pas fait pour rassurer.

Publicité