Le licenciement sacrificiel de Jacqueline Fendt à la tête d'Expo.01 a au moins cet effet bénéfique qu'il force l'attention du Conseil fédéral et des milieux économiques sur la manifestation nationale trop longtemps laissée livrée à elle-même. Alertés pendant leurs vacances, les membres du gouvernement, Pascal Couchepin en tête, n'ont pu éviter le sujet dès leur retour à Berne lundi. Et ce mardi, comme Le Temps l'a annoncé, le tonitruant patron de la SMH Nicolas Hayek a rendez-vous avec le président de l'Expo, Francis Matthey.

Que faut-il attendre de cette soudaine agitation marquant la rentrée? Des décisions rapides sur les structures de management visiblement défaillantes d'Expo.01 et une nouvelle transparence sur les comptes de la belle machine à rêves et à réflexions qu'on nous promet depuis cinq ans? C'est en tout cas ce qu'on prédit dans l'entourage du Conseil fédéral.

Une rencontre déterminante avec les sponsors acquis et potentiels étant agendée pour le 16 août, il s'agit de ne pas arriver les mains vides pour rétablir le «climat de confiance» que tous les protagonistes de ce psychodrame national appellent de leurs vœux, tout en continuant à se tirer joyeusement dans les jambes. Aux dernières nouvelles, l'état de santé financier de l'Expo ne serait en tout cas pas aussi alarmant que la crise actuelle peut le laisser croire. Une douzaine de sponsors officiels se sont déjà engagés à hauteur de 80 millions de francs. Quant aux chiffres clés concernant le financement des projets d'exposition, ils se présenteraient ainsi, indique-t-on de bonne source: sur 350 millions de francs inscrits au budget, près de 250 millions seraient déjà réunis ou en passe de l'être. Dans le détail, la part prépondérante de capitaux privés se présente sous la forme de 20 millions signés par contrat, de 86 millions figurant dans des lettres d'engagement alors que des négociations à hauteur de 90 millions sont en cours sur des avant-projets. Les pouvoirs publics, de leur côté, ont déjà assuré une tranche de 50 millions (30 des cantons et des communes, 20 de la Confédération). Il resterait donc environ 100 millions à trouver pour que le cœur de l'Expo batte un jour pleinement.

La Confédération fera un geste, confirme Daniel Margot, délégué du Conseil fédéral auprès d'Expo.01. La rallonge fédérale pourrait aller au financement des projets concoctés à Berne même, ainsi qu'au parrainage de concepts qui n'auront pas trouvé de mécènes privés. Le gouvernement en discutera une première fois demain mercredi. Mais il ne faut pas s'attendre à ce qu'une somme soit immédiatement articulée. A Berne, on veut s'assurer au préalable de la bonne volonté de l'économie privée, ainsi que du sérieux de la reprise en main du management et des projets.

Les quatre directeurs en place, qui ont obtenu le départ de leur patronne Jacqueline Fendt, semblent pressés de pouvoir démontrer que le navire flotte beaucoup mieux qu'il n'y paraît. Ils sont sur le point d'organiser une nouvelle conférence de presse nationale. Martin Heller, directeur artistique, est le premier à se désoler de l'alarmisme ambiant tant il estime que les négociations autour du contenu et du financement de l'Expo ne se sont jamais si bien déroulées.

Pour convaincre, Expo.01 devra encore réformer au plus vite sa structure de direction. Que Francis Matthey ait accepté de se déplacer à Bienne pour convaincre Nicolas Hayek de rejoindre le conseil d'administration de l'Expo (le comité stratégique) ne suffira pas. Formé de 18 membres, dont 15 relèvent des pouvoirs publics, ce comité politique a montré ses limites. Sa vice-présidente, la conseillère d'Etat bernoise Elisabeth Zölch, est d'ailleurs la première à proposer de passer à un cénacle nettement plus restreint et professionnel. Cette option, qui ne passerait pas forcément par l'éviction complète de Francis Matthey, fait déjà son chemin au sein du Conseil fédéral. Et elle ne devrait pas déplaire aux milieux économiques qui se sont dits aussi méfiants de Jacqueline Fendt que du comité stratégique censé l'encadrer.

La nouvelle cellule dirigeante de l'Expo devrait recevoir un mandat plus précis et des pouvoirs élargis pour tenir un calendrier qui s'annonce infernal. L'idée d'y voir régner l'exministre des Affaires étrangères Flavio Cotti (Le Temps de lundi) ne semble pas recevoir grand écho à Berne. Restera surtout à décider si le poste opérationnel de direction générale occupé par Jacqueline Fendt doit être repourvu par une personnalité nouvelle.