Les employés ont appris la nouvelle la semaine passée, au travers d’une circulaire interne. Les finances de la chaîne de télévision valaisanne Canal9 ne sont pas bonnes, ce qui l’oblige à réaliser des mesures d’économies. Dans la foulée de cette annonce, le couperet est tombé pour certains collaborateurs, qui ont été licenciés, a appris Le Temps.

Président de Canal9, Olivier Dumas confirme: «Nous avons dû procéder à deux ou trois licenciements ces derniers jours.» Et il n’est pas exclu que d’autres suivent dans les semaines ou les mois à venir. «Si à ce jour rien n’est planifié, d’autres licenciements pourraient survenir. On ne sait pas comment va évoluer le marché de la pub d’ici à la fin de l’année.»

Des problèmes financiers récurrents

Le président de la télévision valaisanne lâche la cause des maux de sa chaîne: la crise du marché publicitaire. Les recettes réelles de Canal9 sont inférieures de 15% à celles estimées en fin d’année dernière, lors de l’élaboration du budget 2019. «Le marché de la publicité est compliqué, on le sait. Il n’y a finalement rien de nouveau dans ce milieu», souffle Olivier Dumas.

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Depuis plusieurs années, les problèmes financiers sont récurrents pour Canal9. La chaîne a déjà vécu une situation similaire, il y a cinq ans. En 2014, face à une concurrence toujours plus accrue, Netplus décide de mettre fin à une exception valaisanne. Le téléréseau facturait, chaque mois, 3 francs supplémentaires à ses clients, pour les reverser à Canal9. Les personnes qui ne souhaitaient pas faire ce geste pouvaient le signaler à Netplus. Mais au moment où le téléréseau met fin à ce système, près de 50 000 ménages du Valais romand versaient cette contribution volontaire, qui apportait 1,8 million de francs par année à la chaîne, soit près du quart de ses recettes.

«T’as pas 3 balles?»

Pour tenter de combler ce vide, Canal9 lance alors l’opération «T’as pas 3 balles?», soutenue par de nombreuses personnalités valaisannes, comme le mécène Léonard Gianadda, l’ancien footballeur Christophe Bonvin ou encore le politicien UDC Oskar Freysinger, et depuis renouvelée chaque année. La chaîne fait appel à ses téléspectateurs pour renflouer ses caisses, en lui versant 3 francs par mois. «C’est une marque de sympathie qui est précieuse, note Olivier Dumas. Mais elle ne compense pas la crise du marché de la pub.»

Cette opération a rapporté 400 000 francs à Canal9 la première année, contre 600 000 escomptés. La chaîne a dès lors été obligée d’appliquer des mesures d’économies internes à hauteur de 600 000 francs environ, qui ont entraîné le licenciement de trois personnes occupées à temps partiel et des départs naturels n’ont pas été pas renouvelés.

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«Depuis 2014, nous avons tout tenté afin de pouvoir maintenir un équilibre, souvent précaire, en repoussant au maximum les mesures les plus drastiques; ceci a notamment permis d’éviter un redimensionnement et des licenciements durant ces cinq années écoulées», est-il écrit dans la circulaire datée du 11 juillet, que nous avons obtenue. Ces efforts n’auront pas suffi. La chaîne comptait sur une hausse de ses revenus commerciaux pour sortir la tête de l’eau. C’est tout le contraire qui semble s’être produit, l’augmentation de la quote-part de la redevance en début d’année, passant de 4,1 à 4,9 millions, n’ayant visiblement pas aidé la chaîne à retrouver des chiffres noirs.

L’avenir de la chaîne est garanti

Pourtant, l’avenir de Canal9 n’est pas remis en question, estime son président: «Le fait de recevoir une quote-part de la redevance nous permet, quoi qu’il arrive, de fournir du contenu.» Mais la rédaction ne souhaite pas se limiter au minimum que lui impose l’office fédéral de la communication. Ses ambitions la poussent, actuellement, à assurer une heure et demie de programme par jour. «Cela nécessite plus d’argent, que l’on doit obtenir par le sponsoring d’émissions ou par la publicité», souligne Olivier Dumas. Encore et toujours l’argent, il demeure le nerf de la guerre.

Pour tenter d’améliorer sa situation financière, la chaîne valaisanne a décidé de réaliser un audit externe, pour fixer des priorités pour l’avenir. Dans la circulaire distribuée aux collaborateurs, le président et le directeur de la chaîne ne cachent pas que «des mesures de réorganisation de certains pôles découleront sans doute de cet audit».