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Le pavillon rond et son petit pont d'accès, au jardin chinois de Zurich. 
© Grün Stadt Zürich / Lukas Handschin

L’étranger en Suisse

La Chine millénaire d’outre-Sarine

L’Empire du Milieu, si beau mais si loin. Pour un avant-goût moins distant, le Jardin chinois de Zurich, «le plus beau d’Europe», permet d’en entrevoir les richesses sur sol helvétique

Du 30 juillet au 3 août, «Le Temps» visite cet été quatre sites helvétiques qui ressemblent à d'autres, dans d'autres pays...

Episode précédent: Les catacombes valaisannes, aussi fascinantes qu’à Paris

Sous les dragons sculptés du Qinfang, le pavillon du repos et des parfums, une carpe multicolore perce la surface du lac. Dérangées par les remous, deux libellules quittent leur nénuphar pour aller se percher sur la plus haute tour du jardin, Kuai Shui – «la joie dans la neige» –, qui domine les lieux du haut de ses 14 mètres. Depuis là-haut, on peut apercevoir l’ensemble du jardin, notamment son bâtiment principal, le palais de l’eau, mais également, au-delà du mur d’enceinte, l’embouchure de la Limmat.

«Si tu veux être heureux toute ta vie…»

Unique en Suisse, le Jardin chinois de Zurich est un cadeau de la ville de Kunming, en Chine. «Si tu veux être heureux un jour, dis un proverbe mandarin, enivre-toi. Si tu veux être heureux trois jours, marie-toi. Si tu veux être heureux huit jours, tue un cochon et organise un grand banquet. Mais si tu veux être heureux toute ta vie, crée un jardin.» C’est ainsi qu’un beau jour de 1993, Kunming offrait à Zurich la félicité éternelle.

La présence d’une réplique miniature d’un jardin de «la ville du printemps éternel» (Kunming) en Suisse alémanique est le fruit d’une succession de hasards. «Dans les années 1980, raconte la guide Liliane Hidber, les jumelages avec des villes chinoises étaient «in». Pour sceller un tel pacte, Sigmund Widmer, le maire zurichois de l’époque, avait appelé Pékin, dit-elle. Mais ils avaient déjà assez de partenariats comme ça. Shanghai a répondu la même chose.» Mais Zurich s’entête, et finit par trouver la perle rare: Kunming. La capitale de la province du Yunnan – dix fois la taille de la Suisse – compte alors plus de 3 millions d’habitants.

Le partenariat entre la cité chinoise et la cité des bords de la Limmat commence par des échanges culturels. La venue d’œuvres chinoises au Kunsthaus de Zurich, dont plusieurs des fameux guerriers en terre cuite, amorce la collaboration. A l’orée des années 1990, les Suisses désirent cependant développer encore le jumelage des deux villes. Ils proposent leur aide aux Chinois dans le domaine de l’acheminement de l’eau potable et de l’assainissement. Kunming acquiesce, et le projet est un succès. La mégapole asiatique insiste alors pour remercier Zurich. Mais les autorités suisses ne peuvent réglementairement accepter de cadeau. Vient alors une proposition du maire de Kunming: quid d’un jardin?

Interloquée, mais bien renseignée quant à l’importance pour les Chinois de ne pas perdre la face, Zurich accepte. «Mais ils se demandaient bien où diable ils allaient pouvoir le mettre», rigole Liliane Hidber. Plusieurs lieux sont proposés aux Asiatiques. «Les Chinois ne disent pas non, dit la guide, ils sourient.» Il apparaît toutefois clair qu’aucun des endroits proposés ne convient. Jusqu’à la suggestion du lieu actuel. «C’est un lieu particulièrement feng shui, terme qui signifie «le vent et l’eau», dit-elle. Le jardin est idéalement situé. A la fois proche du lac, en lisière de parc, et protégé des énergies négatives au nord par le Züriberg.»

Une fois la barrière des multiples oppositions levées, branle-bas de combat: 25 ouvriers chinois débarquent de Kunming pour bâtir le premier – et toujours unique – jardin chinois sur sol helvétique. Nous sommes en 1993. Tout est érigé sans clous, tradition architecturale du Yunnan oblige. Outre les bâtiments, une montagne artificielle, rappel des formations karstiques typiques de cette région du sud de la Chine, est construite face au portail d’entrée. Un lac voit également le jour, tout en rondeur, symbole taoïste de l’adaptabilité. En son centre, le pavillon rond, représentation de l’élixir de longue vie, trône sur une petite île. Les chemins du jardin sont courbes, pour compliquer les déplacements des esprits malveillants. Chaque détail porte une signification précise. Adeptes du trait bien droit, les maçons suisses se sont quant à eux contentés de bâtir le mur d’enceinte.

Outre ses joyaux architecturaux, le jardin se distingue tout particulièrement par ses peintures, gravures et autres estampes, qui décorent les plafonds des pavillons et couvrent les murs du Palais de l’eau. «Les illustrations du complexe sont particulièrement finement ouvragées», explique Liliane Hidber. A tel point, dit-elle, que le Jardin chinois de Zurich passe pour être le plus beau d’Europe, «parole de Chinois». «Mais peut-être qu’ils nous le disent juste pour nous faire plaisir», plaisante la guide octogénaire.

Indifférentes à ces préoccupations narcissiques, les carpes du lac ondulent dans leur bassin. Symboles de la ténacité, les poissons se dirigent en banc serré vers une petite cascade. Elles pourraient y trouver plus qu’un peu de nourriture. Selon la tradition chinoise en effet, certaines chutes d’eau – si la carpe parvient à les remonter – ont le pouvoir de transformer les poissons en dragons.

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