Fondateur de la société et du site Sinoptic qui fournit depuis des années des informations précieuses sur la Chine et sur les relations sino-suisses, le sinologue Gérald Béroud le souligne: «Les Chinois de Suisse sont très sensibles à la visite du président Xi Jinping en Suisse et à sa participation au Forum de Davos. C’est pour eux une preuve de reconnaissance du rôle international de la Chine, une marque d’estime.»

Mais qui sont ces Chinois de Suisse et combien sont-ils? Selon Sinoptic, les Chinois installés en terres helvétiques étaient 8600 en 2010. Ils sont désormais 13 809 (2015) pour la seule République populaire de Chine, dont un peu moins de 2000 à Genève. 992 ressortissants de Taïwan résident dans la Confédération. Ces statistiques n’incluent pas les Chinois originaires du Vietnam qui vinrent en Suisse notamment à l’époque des boat people dans les années 1980. Très intégrés, ces derniers se dénomment parfois ironiquement les «bananes», jaunes à l’extérieur, blancs à l’intérieur.

Travailleurs qualifiés

L’implantation des Chinois ici n’est pas comparable à ce qui se passe en France: «En Suisse, il n’y a pas de Chinatown. Contrairement à la France, poursuit Gérald Béroud, on ne constate pas l’arrivée de Chinois d’une région en particulier, de filières. Une grande partie des Chinois qui viennent désormais en Suisse sont des salariés, des doctorants, des experts. Cela ne veut pas dire qu’il est facile pour eux de trouver un emploi en Suisse à la fin de leurs études. C’est moins difficile sur le plan administratif que par le passé, mais beaucoup de Chinois peinent néanmoins à trouver un emploi ici. La concurrence est très forte notamment avec les nombreux Suisses qui reviennent de Chine.»

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Sun Zhimin est venue en Suisse de Shanghaï il y a vingt ans. Elle le constate. A ses débuts, cette enseignante de Chinois au Gymnase de Nyon et à l’école Moser n’osait pas trop parler le mandarin en croisant des Chinois dans la rue. Aujourd’hui, cette vice-directrice de la Chinese Institute Geneva Foundation n’a plus cette réserve. L’engouement des Occidentaux pour la langue chinoise est fort. Des fêtes du Nouvel An chinois prolifèrent un peu partout en Suisse romande. Les restaurants chinois se multiplient.

Intérêt pour les écoles d’hôtellerie

«La situation de la communauté chinoise en Suisse est très différente de ce qu’elle était dans les années 1980, ajoute Gérald Béroud. Il y a trente ans, les Chinois qui arrivaient en Suisse ne parlaient bien souvent pas la langue locale et n’avaient que peu d’argent. La première année d’installation s’avérait particulièrement difficile du fait de leur isolement. Aujourd’hui, la communauté chinoise s’est beaucoup plus structurée. En Suisse, les Chinois peuvent se réunir au sein de groupe en fonction des affinités économiques, de la région d’origine.»

Yong Dai, chercheur à l’Institut Paul Scherrer de Villigen, appartient à ces professionnels chinois qui ont souhaité se rassembler au sein d’une organisation. Directeur de Sinotech, la branche suisse de l’Association chinoise de la science et de la technologie (Cast), Yong Dai relève qu’environ 70% des membres de son association sont des doctorants. Leur intérêt de joindre Sinotech, explique-t-il, «est de partager des informations dans nos domaines académiques respectifs et aussi d’aider à trouver des emplois dans le secteur en Suisse. Nous sommes en contact avec des entreprises chinoises et suisses.»

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L’intérêt pour la Confédération se confirme ailleurs. Les écoles hôtelières de Lausanne et Glion demeurent de forts pôles d’attraction pour les étudiants chinois. Ceux-ci sont attirés par «l’excellence de la tradition de la gestion hôtelière suisse, relève Alexia Lepage du service de communication de l’école de Glion. Ils aiment aussi la taille humaine des établissements, la sécurité et la nature de la Suisse.» A l’Université de Fribourg, 42 Chinois y sont inscrits pour le semestre d’hiver 2016 dont une large majorité de doctorants. L’établissement compte aussi 14 chercheurs en provenance de Chine. L’Université de Genève compte 115 étudiants chinois en 2016 dont 46 en programme de Master et 44 doctorants. Elle recense aussi 56 collaborateurs chinois, avant tout des assistants et des post-doctorants.