2-2-2-1 ou 2-2-3? C'est entre ces deux formules que l’Assemblée fédérale devra faire son choix le 9 décembre. La première variante est la restauration de la formule magique de 1959, qui attribue aux trois plus grandes formations politiques deux voix au Conseil fédéral et au quatrième une seule. De 1959 à 2003, le Parti radical, le PDC et le PS ont chacun eu droit à deux sièges gouvernementaux et l’UDC un. Cette répartition a résisté en 1999, année lors de laquelle les démocrates du centre ont, pour la première fois de leur histoire, devancé le PDC, avec 22,5% contre 15,9%.

En 2003, l’UDC a grimpé à 26,7% alors que le PDC a reculé à 14,4%. Cette évolution a convaincu l’Assemblée fédérale de donner l’un des deux fauteuils démocrates-chrétiens à l’UDC, et c’est ainsi que Christoph Blocher a pu s’installer au Conseil fédéral au détriment de Ruth Metzler.

En 2007, la formule arithmétique a été reconduite. Mais avec une différence de taille: le parlement a montré la porte à Christoph Blocher et a élu Eveline Widmer-Schlumpf à sa place, aux côtés de Samuel Schmid. Formellement, il y avait toujours deux démocrates du centre au gouvernement. Mais pas pour longtemps. L’UDC s’est empressée de bannir sa conseillère fédérale reniée. En juin 2008, les dissidents ont donné naissance au Parti bourgeois-démocratique (PBD), auquel Eveline Widmer-Schlumpf et Samuel Schmid ont alors adhéré.

L’UDC n’a ainsi plus eu de conseiller fédéral pendant six mois. Mais Samuel Schmid a démissionné en fin d’année et c’est Ueli Maurer qui l’a remplacé. Depuis le début de 2009, l’exécutif fédéral est ainsi composé de deux socialistes, deux PLR, une démocrate-chrétienne, un UDC et la représentante du microscopique PBD.

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La logique des blocs

Avec cette constellation, la concordance politique a remplacé la concordance arithmétique. La logique des blocs a succédé à celle des chiffres. La gauche compte toujours deux représentants, la droite trois (deux PLR et un UDC), et le centre droit deux, Doris Leuthard et Eveline Widmer-Schlumpf. C’est cette logique que les présidents du PS, Christian Levrat, et du PDC, Christophe Darbellay, qui semblent s’entendre comme larrons en foire à l’approche des échéances électorales, tenteront de reconduire le 9 décembre.

Ils feront leurs calculs après le scrutin de dimanche. S’ils ont la conviction que l’addition des voix du camp rose-vert et du centre droit suffise pour maintenir la constellation en place, ils feront leur possible pour la défendre. Mais ce sera serré, comme l’a montré le résultat du 14 décembre 2011. Eveline Widmer-Schlumpf a alors été réélue par 131 voix, soit moins que le total des deux ensembles. En effet, si l’on compte tout le monde, le bloc de gauche équivaut à 74 voix, le centre droit 68, soit 142 en tout contre 104 pour le tandem UDC-PLR.

Cela signifie que les blocs ne sont homogènes qu’en apparence, en tout cas à droite. Ils ne sont pas étanches. Si quelques voix éparses libérales-radicales ont soutenu Eveline Widmer-Schlumpf en 2011, un nombre plus élevé de suffrages démocrates-chrétiens et vert’libéraux a été accordé à un second candidat de l’UDC.

Christian Levrat aime à relever que la balance électorale se joue sur sept voix. Peu importe le nombre exact. Le résultat, promis à la baisse, des formations du centre droit sera déterminant. Si elles restent assez fortes, ce qui sera le cas si le PLR et l’UDC progressent plus modérément que ne l’annoncent les sondages, alors, avec le PS et les Verts, elles feront tout pour maintenir la formule 2-2-3 et barrer la route à une répartition 2-1-4, qui serait la conséquence de l’élection d’un deuxième UDC mais ne serait pas le reflet des forces en présence au parlement.

La tâche sera rendue plus compliquée si Eveline Widmer-Schlumpf renonce à solliciter un troisième mandat. Ce scénario n’est pas exclu. La ministre des Finances a devant elle une fenêtre d’opportunité pour décider de s’en aller. Les finances fédérales sont (encore) saines, le travail sur le secret bancaire a été fait, la réforme de l’imposition des entreprises est dans les mains du parlement.

La grande année 2016 de Doris Leuthard

Elle bénéficie ainsi de circonstances plus favorables pour se retirer du gouvernement que Doris Leuthard, dont personne n’a sérieusement imaginé qu’elle tire sa révérence à la fin de l’année, juste avant des échéances cruciales pour elle: vote sur le doublement du tunnel routier du Gothard en février 2016, inauguration en juin du plus long tunnel ferroviaire du monde, qui braquera sur la Suisse et sur elle les projecteurs du monde entier.

D’ici au 9 décembre, et en fonction des résultats des élections législatives, plusieurs questions occuperont les partis politiques. Quel candidat crédible l’UDC sera-t-elle capable de présenter pour un second siège? Doit-elle obligatoirement composter un ticket comprenant un candidat latin, comme l’ont exigé Christophe Darbellay et Christian Levrat dans La Liberté? On relèvera au passage que leurs deux partis ont parfois été représentés au gouvernement par un duo alémanique, de 1959 à 1970 pour le PS et de 1973 à 1986 pour le PDC.

Et, surtout, qui le centre droit va-t-il lancer dans la course s’il ne peut plus compter sur Eveline Widmer-Schlumpf? Pour l’instant, les présidents des partis soufflent le chaud et le froid et font joujou avec les médias, dont ils savent pertinemment qu’ils sont prêts à décoder la moindre ambiguïté verbale. On spécule sur les candidats UDC, on demande un Latin, on distille de petites phrases laissant entendre que, le cas échéant, Christophe Darbellay ou le PDC tessinois Filippo Lombardi se tiendraient prêts à se sacrifier pour le bien de la nation. Les choses sérieuses commencent le 18 au soir.