Suicide assisté

Choisir de mourir à 104 ans

Le scientifique australien David Goodall était venu à Bâle afin d’avoir recours aux services d’une organisation suisse d’aide au suicide. Il est décédé jeudi à 12h30. Il espérait que la médiatisation de son cas puisse influencer le débat sur l’euthanasie dans son pays

La Suisse aura été la dernière destination de David Goodall. Arrivé lundi à Bâle, ce botaniste australien de 104 ans s’est administré une substance mortelle ce jeudi à 12h30, avec l’aide de l’association Eternal Spirit. Son cas, très médiatisé, offre un coup de projecteur à cette particularité que la Suisse partage avec une poignée d’autres Etats en Europe – l’euthanasie est légale en Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas. En Suisse, l’assistance au suicide est dépénalisée, aussi longtemps qu’elle ne répond pas à des «motifs égoïstes».

Vifs débats en Australie

Alors qu’il s’expliquait une dernière fois mercredi en conférence de presse depuis un hôtel bâlois, le centenaire a fait part de son désir de voir l’aide au suicide légalisée, au même titre que le droit à l’avortement. David Goodall espère que la médiatisation de son dernier voyage aura un écho dans son pays. L’an dernier, l’Etat australien de Victoria a décidé d’autoriser l’euthanasie, mais avec des limites. La nouvelle loi, qui entrera en vigueur en 2019, ne concerne que les patients en phase terminale avec une espérance de vie de moins de six mois. Le débat sur l’autodétermination a désormais gagné l’Etat d’origine du scientifique, l’Australie-Occidentale. «Je crois que mon voyage aidera à faire évoluer la situation. Mais je doute que les choses changent dans les dix prochaines années», a déclaré mercredi David Goodall.

Le scientifique de renommée internationale, lucide et plein d’humour, ne souffrait d’aucune maladie incurable. Mais, ces dernières années, il avait vu sa qualité de vie diminuer et avait perdu la vue et l’ouïe. Après une chute à son domicile qui l’a cloué au sol durant deux jours, il a décidé de faire appel à une organisation professionnelle. L’Australien a réalisé son voyage à Bâle à l’aide d’une campagne Gofundme lancée par Exit International, qui a récolté 21 000 dollars australiens (environ 16 000 francs) pour lui offrir un vol en première classe.

Au bureau en bus jusqu’à 102 ans

Né en avril 1914, le botaniste a étudié à Londres, puis a travaillé dans plusieurs établissements universitaires, notamment en Angleterre, aux Etats-Unis et en Australie. David Goodall a obtenu trois doctorats et rédigé une centaine d’articles scientifiques. Après sa retraite partielle en 1979, il a continué à occuper un bureau à l’université Edith Cowan de Perth en tant que professeur honoraire. Il s’y rendait plusieurs fois par semaine en transports publics. Jusqu’à ce que l’établissement, se déclarant soucieux pour sa santé, ne tente de le mettre à la retraite en 2016. Face aux protestations du scientifique, soutenu par une campagne, l’université lui avait finalement permis de conserver un bureau plus proche de son domicile. Mais, à la même période, le déclin de son état de santé l’a forcé à abandonner le théâtre et son permis de conduire. «C’était le début de la fin», a expliqué à la BBC son amie Carol O’Neill, qui l’a accompagné en Suisse pour son dernier voyage.

En 2015, 965 résidents ont eu recours au suicide assisté en Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique. Une étude de 2014 indiquait que 611 étrangers s’étaient rendus dans le pays entre 2008 et 2012 pour mettre fin à leurs jours.

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