Pour choisir son nouveau recteur, l’Université de Genève expérimente

Genève Deux candidats sont en lice pour la directionde l’académie

Pour la première fois, les postulants seront désignéspar l’Assemblée,dans laquelleles professeurssont minoritaires

Ils sont finalement deux. Et pour eux, les choses sérieuses commencent. A la fin du mois, les candidats au poste de recteur de l’Université de Genève vont être auditionnés par le cénacle qui tranchera. Leur campagne va battre son plein. Le mandat de Jean-Dominique Vassalli, à la tête de l’institution depuis 2007, arrive à terme en juillet prochain. Le successeur aura été désigné au terme d’une procédure inédite.

Car si, par nature, l’Université est rodée aux expériences scientifiques de toutes sortes, là, elle découvre. Et tâtonne. La succession se prépare selon les principes d’une loi qui, jusqu’ici, n’avait pas été pleinement suivie, puisque à la précédente occasion Jean-Dominique Vassalli avait sollicité un deuxième mandat. A présent, il faut inventer. «Un processus passionnant, et même s’il y a des difficultés, l’exercice de participation est assez fabuleux», assure Dominique Belin, professeur en médecine et président de l’Assemblée de l’Université. Cette instance déterminera celui qui sera proposé au gouvernement pour la nomination. Elle compte 45 membres, dont 20 professeurs – minoritaires, donc – et des émissaires des assistants, de l’administration ainsi que des étudiants.

Dans un premier temps, la mise au concours a attiré 11 candidatures, dont une majorité d’autres institutions, de pays francophones et des Etats-Unis. Par votes éliminatoires, l’Assemblée a retenu une liste resserrée à trois membres, l’actuel vice-recteur Yves Flückiger, l’ancien doyen de la Faculté de droit Christian Bovet et l’ancien président de deux universités canadiennes Luc Vinet. Evoquant des inquiétudes liées à la caisse de pension, ce dernier s’est désisté il y a deux semaines.

Au sein de l’Assemblée, les débats, voire les tensions, se multiplient à propos des questions de procédures, qu’il faut éclaircir à chaque étape. En vue des audiences des finalistes qui commencent le 29 octobre, il a fallu choisir: huis clos ou non? Certains, notamment parmi les étudiants, ont plaidé en vain pour des présentations publiques. Le débat va loin dans les détails: l’Assemblée doit encore déterminer l’ordre de passage des deux prétendants… Porte-parole des étudiants, dont les 10 représentants ont été élus au suffrage général dans l’Université, Damien Moulin parle d’une démarche «intéressante et novatrice, qui apporte une certaine transparence, même si elle est à relativiser». Christian Bovet remarque que «c’est la première fois que cette procédure de nomination est appliquée, donc chacun apprend un peu en même temps», et veut «souligner le caractère ouvert de cette procédure, puisque chaque personne intéressée, y compris de l’extérieur, a pu poser librement sa candidature». Yves Flückiger, lui, relève le fait que «pour la première fois, la liste des candidats retenus pour une audition a été rendue publique». A ses yeux, cela «démontre que l’Université est un rouage essentiel de notre cité, et contribue à son rayonnement».

Et même s’ils n’utilisent pas le terme, cela les pousse à mener campagne. Yves Flückiger annonce qu’il a «élaboré un programme substantiel» et qu’il mène «des rencontres avec des professeurs, enseignants, chercheurs, étudiants et collaborateurs». Christian Bovet, lui, se dit plus protocolaire, en disant vouloir «respecter un certain formalisme. La séance d’audition du 29 octobre est celle où il convient de présenter mon projet, et de le discuter avec les membres de l’Assemblée.»

Il faudra convaincre, et puisqu’il s’agit aussi de mécanique politique, promettre. Dans le cadre de cette complexe chimie du biotope académique: les préférences facultaires, les calculs stratégiques sur le candidat qui laisserait la plus grande paix aux facultés, les éventuelles rancœurs… Les représentants des étudiants vont peser lourd – les prétendants doivent rassurer à propos de la crainte de hausses de taxes –, mais Damien Moulin prévient: de toute évidence, les étudiants, comme les autres, ne voteront pas en bloc. «Aucun candidat n’a la force de réunir l’ensemble d’un corps», juge-t-il.

Selon des avis internes, les jeux paraissent ouverts. Yves Flückiger a pour lui son exercice du pouvoir dans l’équipe actuelle. Une garantie de compétence de direction, mais qui peut constituer un handicap face aux partisans d’un renouvellement. Christian Bovet a laissé un bon souvenir comme doyen, et s’était impliqué dans la résolution de la crise sous l’équipe temporaire de Jacques Weber, après la démission collective du rectorat Hurst. Il passe pour plus à droite que son concurrent, ce qui, dans une université, ne constitue pas un atout unanime. Surtout, les deux postulants, qui émanent des sciences humaines, devront rallier des voix chez les sciences dures. De quoi motiver encore quelques opérations de séduction en direction des physiciens, mathématiciens ou biologistes. L’Assemblée espère annoncer son choix le 17 décembre.

Les représentantsdes étudiantsvont peser lourd