Habituellement, le centre réunit. Là, il divise. «Le Centre», c’est le nouveau nom dévoilé vendredi par la présidence du PDC, incarnation d’une stratégie ambitieuse devant lui permettre d’atteindre les 20% de suffrages, mais aussi de retrouver son 2e siège au Conseil fédéral. A l’interne, les réactions ont été nombreuses ce week-end. Si tous saluent la démarche de remise en question, censée contrecarrer l’érosion du parti, le choix retenu laisse de nombreux membres perplexes. Dans les fiefs traditionnels du PDC, les réticences sont fortes.

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«Je n’étais pas complètement fermé à un changement, mais le nom proposé me gêne, réagit le conseiller national valaisan Sidney Kamerzin. Nous abandonnons la notion de démocratie chrétienne, qui est un contenant et un contenu fort, liée à notre histoire, pour un mot flou – le centre – qui définit un positionnement politique plus que des idées. C’est comme si le PLR se rebaptisait la droite.» Pour sa collègue, la conseillère aux Etats Marianne Maret, c’est le renoncement à toute référence aux racines chrétiennes qui est problématique. Elle avoue ne pas comprendre: «Il n’y a rien de moins désuet que les valeurs chrétiennes. Ce sont de belles valeurs, relève la Valaisanne. En vingt-quatre ans de mandats électifs, le «C» ne m’a jamais posé problème.»

«Le mot chrétien est devenu un frein»

C’est une expérience très différente que décrit Axel Marion, ancien coprésident du PDC vaudois. «J’imagine que faire campagne au marché d’Evolène est très différent que le faire au marché de Lausanne, mais je me suis souvent vu répondre par des personnes qu’elles n’allaient pas voter pour nous parce qu’elles n’étaient pas croyantes», raconte celui qui fut candidat au Conseil d’Etat. «Le mot chrétien est devenu un véritable frein», poursuit le Lausannois, favorable au «Centre», qui permettra d’atteindre un nouvel électorat. Un argument qui laisse sceptique Marianne Maret: «Je ne pense pas que c’est en modifiant notre nom que nous arriverons à rattraper notre retard historique dans les cantons protestants comme Berne ou Vaud.»

«C’était attendu: les villes, où le parti a tout à gagner, se montrent enthousiastes face à ce changement, au contraire de nos bastions, plus ruraux et plus traditionnels», analyse Pascal Eschmann, président du PDC jurassien. Lui-même se déclare partagé: «En tant que chrétien engagé, je ne peux pas rester insensible. Mais il faut être réaliste et saluer le processus initié par la direction du parti. C’est un fait, depuis des dizaines d’années, nous faiblissons, y compris dans les cantons catholiques où notre électorat vieillit.» Pour Pascal Eschmann, le «Centre» permet de rappeler le rôle important de pivot joué dans la politique suisse par le PDC, faiseur de majorités sous la coupole fédérale.

«Pas au centre, mais au centre droit»

Cette vision, le président du PDC fribourgeois Damiano Lepori ne la partage pas. Il est l’un des plus véhéments adversaires du nouveau nom, le terme «centre» étant clairement «handicapant» selon lui. «Si notre rôle se résume à faire alliance un coup à gauche, un coup à droite, nous ne sommes plus un parti politique, mais un groupe de médiateurs», plaide-t-il. Pour le trentenaire, le positionnement proposé est problématique: «Le PDC peut être au centre à Genève ou Vaud, mais pas dans ses cantons historiques comme Fribourg, Lucerne et le Valais où, très ancré dans le tissu économique, il est situé au centre droit de l’échiquier.»

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Le débat promet d’être vif. C’est finalement la base du parti qui aura le dernier mot, au travers d’un vote interne. Si elle est acceptée, la modification de nom devra encore être avalisée par l’assemblée des délégués du 14 novembre prochain. La présidente du PDC genevois, Delphine Bachmann, espère un scrutin clair et redoute un résultat serré qui laisserait des traces auprès des perdants. «Il faudra assurer l’accompagnement de ce changement, afin de ne pas perdre des membres.» Pour la Genevoise, le débat sur le nom était attendu, car sur le fond le parti a déjà changé, en s’ouvrant notamment aux questions de société (soutien au mariage pour tous, par exemple): «Il est temps d’aller de l’avant.»