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Le choix d’Esther Alder effare la classe politique

En proposant de laisser la mairie à Sami Kanaan en 2014, la Verte fait un cadeau aux socialistes, estiment plusieurs élus

La classe politique genevoise est déboussolée par le choix d’Esther Alder, qui souhaite passer son tour pour la mairie de Genève.

Après Rémy Pagani cette année et Sandrine Salerno l’année prochaine, la conseillère administrative chargée de la Cohésion sociale devait devenir maire en juin 2014. A la surprise générale, elle a informé ses collègues qu’elle préférait laisser la place au socialiste Sami Kanaan, a révélé Le Matin la semaine passée. Pourquoi? «Parce que 2015 sera l’année du bicentenaire de l’entrée de Genève dans la Confédération, répond l’écologiste. Il y aura beaucoup d’événements, Sami Kanaan est chargé de la Culture, il me semble plus logique qu’il soit maire dans ces circonstances.» Et d’assurer que «ce n’est pas une question d’envie mais de cohérence».

Dans les rangs de son parti, on promet que ce choix est un non-événement. «C’est inhabituel, mais cela correspond à son caractère, analyse la présidente des Verts genevois, Emilie Flamand. Esther Alder est assez discrète, c’est une femme de terrain et de dossiers. Donc, oui, c’est cohérent.» D’ailleurs, renchérit le député Christian Bavarel, «nous l’avons choisie comme candidate en connaissant son style. L’essentiel est qu’elle fasse un bon travail dans son département.»

«Hara-kiri politique»

Le discours est moins lisse hors de son parti. «On s’était déjà rendu compte qu’il y avait un problème quand elle a proposé de déplacer la séance du Conseil administratif du mercredi au jeudi pour passer du temps avec ses enfants, rappelle le conseiller municipal PLR Olivier Fiumelli. Là, on réalise qu’elle a peur de la charge de maire. Ça donne une certaine impression d’amateurisme.» Pire, estime l’un de ses coreligionnaires, «les Verts sont déjà les grands perdants des élections fédérales, ils ont perdu 5% aux dernières municipales et maintenant ils laissent la mairie aux socialistes pour les deux années qui précèdent les prochaines élections… C’est une sorte de hara-kiri politique!»

Un point de vue partagé par la conseillère municipale Salika Wenger (Ensemble à Gauche): «Stratégiquement, c’est dément. Je ne sais pas comment son parti l’accepte.»

Reste à savoir ce que ses collègues pensent de la position d’Esther Alder. «C’est une décision qui lui appartient et je n’ai pas l’impression qu’elle refuse ses responsabilités, juge Rémy Pagani, maire depuis le 1er juin. La question de la stratégie n’est pas pertinente. Aller faire le beau à l’ONU ou recevoir des ambassadeurs n’amène pas forcément un plus pour les citoyens.» Pierre Maudet, lui, avoue avoir accueilli cette décision «avec surprise et une certaine déception. Parce que je suis convaincu que la mairie fait partie intégrante du mandat de conseiller administratif et que c’est une fonction enrichissante.»

Rappelant que la décision ne sera formellement prise qu’une année avant l’échéance, Sami Kanaan accepte que sa collègue «n’attache pas une importance énorme au protocole», mais se dit aussi un peu surpris, «parce que, pour moi, il était acquis que je ne serais pas maire durant cette législature». A-t-il l’impression que son parti fait une bonne affaire? «Le PS ne va pas s’en plaindre, sourit-il. Disons que c’est un effet collatéral positif…»

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