Les radicaux suisses n'auront pas de nouveau président avant le début du mois de janvier. Le comité directeur du Parti radical (PRD) a décidé lundi à Berne de laisser la procédure suivre un cours normal, de faire un appel de candidatures auprès des cantons et d'attendre l'assemblée des délégués agendée au 11 janvier 2003 à Lucerne pour élire le successeur de Gerold Bührer. L'une des deux vice-présidentes, la conseillère aux Etats Christiane Langenberger (VD), assurera l'intérim d'ici là. Après avoir voulu brusquer les choses pour éviter une vacance à la présidence, la direction du parti a renoncé au moyen terme dont il avait été question au cours du week-end, c'est-à-dire une procédure accélérée avec la convocation d'une assemblée extraordinaire le 7 décembre.

Le comité directeur, a commenté Christiane Langenberger, a voulu se donner le temps nécessaire pour mener une procédure qui ne puisse pas être critiquée par la base du parti. Les partis cantonaux ont jusqu'au 15 décembre pour déposer des candidatures, qui seront soumises à l'examen d'une commission électorale. Celle-ci aura-t-elle beaucoup à faire? Christiane Langenberger avoue avec réalisme qu'«il ne va pas y avoir une vingtaine de candidatures». Le nombre des personnalités disposées à accepter une fonction où il y a plus de coups à prendre que de lauriers à glaner demeure singulièrement restreint. C'est sans doute ce qui explique, en partie, le fait que la candidature de Hans-Rudolf Merz demeure d'actualité. Il reste aux yeux du comité directeur «un très bon candidat», assure Christiane Langenberger. L'Appenzellois devrait être toujours dans la course au début janvier, lorsque le comité directeur procédera à une éventuelle présélection. A moins qu'une nouvelle campagne médiatique n'ait raison de son engagement.

La présidente par intérim s'est déclarée très choquée par les attaques de la presse dominicale contre Hans-Rudolf Merz. «On a vécu dimanche quelque chose d'assez extraordinaire», a renchéri le chef du groupe radical des Chambres, Fulvio Pelli (TI), qui se demande si ces attaques ne sont pas dirigées autant vers le parti que vers la personne de Hans-Rudolf Merz, et si on ne cherche pas à tuer le PRD sous l'apparence de vouloir lui éviter un mauvais choix. Par ailleurs, les membres du parti qui n'ont pas été en reste, au cours du week-end, pour critiquer Hans-Rudolf Merz, ont senti leurs oreilles siffler, en particulier Christine Egerszegi. L'Argovienne pourrait bien avoir ainsi égaré samedi et dimanche, entend-on, une bonne partie de sa crédibilité et de ses chances de succéder à Kaspar Villiger.

Surprise

Manifestement, la direction radicale a été surprise par la violence et l'ampleur des attaques dirigées contre un parti qui n'avait guère l'habitude, jusqu'ici, de faire l'objet de tels assauts. Malgré tout, elle peut espérer en tirer quelque bénéfice si la situation devait se retourner. Avoir survécu en tant que candidat à un pareil week-end est à porter au crédit de Hans-Rudolf Merz, qui a fait preuve d'un grand sang-froid et qui paraît disposé à n'esquiver aucune question. Combien d'entrepreneurs suisses n'ont pas travaillé peu ou prou avec l'Afrique du Sud à l'époque du régime de l'apartheid, s'interroge Christiane Langenberger en relativisant l'implication personnelle de Hans-Rudolf Merz?

Les radicaux peuvent également considérer que c'est le discrédit dont souffre en premier lieu le monde des affaires qui rejaillit sur le parti et en tirer une utile matière à réflexion. Plus encore que des candidatures, semble-t-il, la direction du PRD attend des cantons et de la base qu'ils nourrissent un vaste débat sur la ligne et les objectifs du parti, un débat que le groupe parlementaire, qui a progressivement perdu tous ses intellectuels, se révèle incapable de mener avec ses seules ressources.