La mauvaise foi n'a jamais été absente des slogans politiques, mais tout de même. Lorsqu'ils prétendent s'en prendre à «l'impôt le plus injuste», en réclamant la fin de la taxation des successions directes, les libéraux dépassent les bornes. S'il y a un impôt qui colle à la logique redistributrice de tout prélèvement fiscal, c'est bien celui-là. Ciblé sur les fortunes, plus pertinent que les impôts de consommation, il est là pour égaliser un peu les chances au sein d'une même génération. «En bonne logique libérale, il devrait être favorisé puisqu'il insiste sur le rôle de l'individu, au détriment de l'oreiller de paresse de la transmission des patrimoines», relève un observateur de la fiscalité suisse.

Au contraire, les libéraux mènent l'assaut, ce qui consacre la victoire de l'aile économique du mouvement sur une aile humaniste désormais disparue. L'attaque traduit aussi la polarisation et le durcissement croissant de la vie politique cantonale; la seule excuse des libéraux étant ici de suivre l'exemple naguère donné par les popistes ou l'UDC.

Reste à savoir si cette offensive, même si elle imite la politique suivie par plusieurs autres cantons, ne finira pas par un autogoal. Car la fiscalité des successions tente la Confédération, qui pourrait se montrer un jour assez maline pour la revendiquer au nom du paiement de l'AVS, ou de l'assurance maladie. Les libéraux vaudois n'y croient pas, mais quel pied de nez à la défense du cantonalisme cela représenterait!