Sécurité

Les chrétiens anti-avortement ne défileront pas à Berne

Prévue en septembre, la Marche pour la vie devra se contenter d’un rassemblement sur la place Fédérale

La Marche pour la vie ne marchera pas. Pour des raisons de sécurité, les organisations chrétiennes anti-avortement à l’origine de cette manifestation, prévue le 17 septembre à Berne, ont annulé le défilé et se contenteront probablement d’un rassemblement sur la place Fédérale. Une rencontre avec les autorités bernoises est prévue la semaine prochaine. «Avec la police cantonale, nous déciderons alors ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, car en l’état, nous n’avons officiellement rien interdit du tout», indique Norbert Esseiva, responsable de la police locale, qui explique encore que «les organisateurs n’ont simplement pas rempli toutes les conditions et manquaient de clarté».

Mais le programme, qui est maintenant imprimé, exclut une marche confessionnelle à travers la ville. Président du comité d’organisation, Daniel Regli confie avoir déjà soumis plusieurs itinéraires aux autorités. En vain. Il attend néanmoins avec impatience la séance de la semaine prochaine. «On nous met beaucoup de conditions. Nous pouvons accepter le refus de défiler en ville de Berne. Reste qu’à cela s’ajoute l’impossibilité de célébrer une messe. Et nous devons également organiser les transports en bus afin que les participants évitent la gare et les rues qui mènent à la place Fédérale.» Enfin, le programme transmet également un avertissement de la police: les personnes portant t-shirts distinctifs, bannières, drapeaux et autres slogans sont susceptibles d’être importunées.

De Zurich à Berne

Il s’agit de la 7e Marche pour la vie en Suisse, mais de la première en ville de Berne. Auparavant, la manifestation se tenait à Zurich. L’an dernier à Zurich Oerlikon, près de 3000 personnes y ont participé. Non sans problèmes. Les vitrines et façades du Parti évangélique suisse (PEV) ont été taguées. Et une contre-manifestation d’activistes de gauche a perturbé le bon déroulement de la journée. François Bachmann, vice-président du PEV, raconte: «Notre conseillère nationale et présidente de parti, Marianne Streiff-Feller, a prononcé un discours mais elle a dû se battre pour être entendue par-dessus les slogans scandés par les activistes. Le climat de confrontation a probablement poussé des familles avec enfants à renoncer à participer à la marche.»

Mais ce n’est pas la raison pour laquelle la Marche pour la vie quitte Zurich pour Berne. Ce déménagement vise surtout à attirer les Romands et à donner un caractère national à la manifestation, qui pourrait dès lors prendre plus d’ampleur. Question sécurité cependant, les défis sont nombreux.

François Bachmann, qui a participé à plusieurs séances du comité d’organisation, rappelle que la scène alternative bernoise est très active. Et que la configuration de la capitale, avec ses galeries marchandes et ses ruelles, donne du fil à retordre aux responsables de la sécurité. «Je peux comprendre les risques que cela comporte. Néanmoins, j’admets moins qu’on se laisse prendre en otage par des groupes qui ne respectent pas la loi et ses représentants.» La menace terroriste par contre semble moins effrayer François Bachmann. «Je ne dis pas que ça ne m’inquiète pas. Ce qui est arrivé mardi au père Jacques Hamel est très grave. Mais je ne vois pas une telle chose se produire en Suisse», dit-il.

La Marche pour la vie est une action commune de plusieurs mouvements chrétiens catholiques et évangéliques, comme Choisir la vie, Futur.ch, Pro Life, Chrétiens pour la vérité, etc.. Outre le PEV, un autre parti politique, l’Union démocratique fédérale (UDF), en est membre. Tous sont contre l’avortement mais aussi le diagnostic préimplantatoire et l’euthanasie. «Nous n’accepterons jamais le meurtre d’enfants à naître ou handicapés», lit-on dans le programme. Ils ont signé une Charte pour la vie et mènent une campagne «à l’américaine», avec clips vidéo et témoignages.

Un combat perdu

Mais ils mènent un combat qu’ils ont déjà perdu plusieurs fois. En 2002, les citoyens suisses ont accepté de décriminaliser l’avortement. En 2014, ils ont également largement refusé le non-remboursement de l’interruption de grossesse par l’assurance maladie. Enfin, les Suisses viennent de voter deux fois en faveur du diagnostic préimplantatoire.

L’an dernier à Zurich, Mgr Charles Morerod, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, devait prononcer un discours. Retenu à Rome, il a été remplacé par Mgr Marian Eleganti, évêque auxiliaire de Coire. Le programme de cette année promet des témoignages, une intervention de l’ancien conseiller national Jean-Pierre Graber (UDC/JU) et un service interconfessionnel. Pour l’instant. Car Daniel Regli n’exclut pas entièrement une annulation. Selon le président, il y aurait beaucoup de nervosité dans l’air.

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