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Christian Lüscher à Berne, août 2015.
© LUKAS LEHMANN

Conseil fédéral

Christan Lüscher: «Le Genevois qu'il faudrait à Berne, c'est Pierre Maudet»

Le libéral-radical genevois Christian Lüscher annonce au Temps renoncer à briguer un siège au Conseil fédéral pour des raisons personnelles. Il ouvre la voie à Pierre Maudet, 39 ans, candidature «dont la légitimité ne se discute pas»

Avocat de 53 ans, conseiller national depuis dix ans, vice-président du PLR Suisse, Christian Lüscher fait une croix sur la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Il faisait partie des prétendants sérieux qui avaient annoncé réfléchir à la fonction.

Retrouvez tous nos articles sur la succession de Didier Burkhalter

A titre personnel, il explique au Temps les raisons de ce choix et évoque ses conséquences. Le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet devrait bénéficier de ce retrait en annonçant sa candidature vendredi, au terme du délai de réflexion établi par le parti cantonal. Les sections ont jusqu’au 11 août pour proposer des noms au parti suisse. Seul le Tessin a déjà communiqué la candidature de son poulain, Ignazio Cassis.

Le Temps: Christian Lüscher, pourquoi renoncez-vous à une candidature au Conseil fédéral?

Christian Lüscher: J’ai déjà été candidat il y a huit ans, mais depuis ma vie a changé. Je suis papa de jumelles nées en 2011. Je suis associé depuis 2014 d’une grande étude, CMS von Erlach Poncet, qui est à Zurich et Genève. Je veux assumer mes responsabilités vis-à-vis de mes associés et collaborateurs. Mes dix ans passés au parlement fédéral m’amènent aussi à penser que je suis un homme de législatif et non d’exécutif. Je m’épanouis pleinement à Berne. Je crois en toute immodestie avoir démontré que j’étais un parlementaire efficace. Différents classements l’attestent. Si j’ai la chance d’être réélu en 2019, j’assumerai vraisemblablement la présidence de la Commission de l’économie et des redevances qu’on dit la plus prestigieuse, ce qui sera l’apogée de ma carrière politique. Enfin, je vais avoir 54 ans cette année et je dois constater que je ne suis vraisemblablement pas le Genevois d’avenir du Conseil fédéral.

Souhaiteriez-vous que le «Genevois d’avenir du Conseil fédéral», Pierre Maudet, soit candidat?

Ce sera son choix. Mais je suis évidemment très favorable à une candidature de Pierre Maudet. Je pense que cette candidature serait parfaitement légitime. Genève, c’est la métropole lémanique, l’un des deux poumons économiques de la Suisse. Une part importante de la politique étrangère de la Suisse se joue à Genève. Et je ne vois pas du tout cette candidature en opposition à celle du Tessin. Un conseiller fédéral doit pouvoir répondre aux problématiques des cantons frontaliers en matière de sécurité et de marché du travail. Un candidat genevois est parfaitement à même de comprendre ces problèmes auxquels le Tessin est lui aussi confronté.

Le fait d’être vice-président du parti a-t-il limité votre marge de manœuvre?

Dès l’instant où j’ai accepté de participer avec notre présidente Petra Gössi à la conférence de presse du 15 juin, durant laquelle nous avons expliqué les détails de la procédure de remplacement de Didier Burkhalter et ce que nous attendons des candidats, je savais dans mon for intérieur que cela signifiait que je ne serais certainement pas candidat.

Pourtant, vous avez dit treize jours plus tard y réfléchir. Pour satisfaire les journalistes ou pour protéger Pierre Maudet?

Je vous laisse l’interpréter. Mais je pense que d’une certaine façon, que ce soit voulu ou non, notre silence commun lui a permis de vivre un début d’été avec assez peu de pression et de réfléchir sereinement à une éventuelle candidature.

Vous êtes plus à droite, plus libéral et plus connu dans le sérail fédéral que Pierre Maudet. Votre profil saurait davantage convaincre l’UDC et votre propre groupe, non?

Certes, mais un bon parlementaire ne fait pas forcément un bon candidat au Conseil fédéral. La légitimité de la candidature de Pierre Maudet ne se discuterait pas. C’est un Latin. Il a un bilan politique sérieux après dix ans dans un exécutif. Il est capable de mobiliser à l’interne et à l’externe du parti. Il est parfaitement crédible sur le contenu des dossiers et son potentiel médiatique est extrêmement important depuis de nombreuses années. Et il a 39 ans. Il y aura ces prochaines années au Conseil fédéral un nouveau brassage des cartes, avec le départ de Doris Leuthard en 2019, et probablement ceux d’Ueli Maurer et de Johann Schneider-Ammann. Les personnes dont on nous dit qu’elles pourraient remplacer ces ministres ont toutes 55 ans et plus.

L’âge est-il vraiment un critère déterminant?

On parle beaucoup de diversité culturelle et régionale, mais ne devrait-on pas aussi tenir compte de la diversité des âges? Près de 47% de la population suisse a moins de 40 ans. A titre personnel, je pense qu’il faut aussi avoir cet élément à l’esprit lorsqu’on élit nos conseillers fédéraux.

Contestez-vous le droit de la Suisse italienne de retrouver un siège au Conseil fédéral?

Non, je ne conteste pas ce droit. Mais nous avons fixé un certain nombre de règles au sein du parti. Les Romands ne sont pas exclus de la succession Burkhalter. Il y a aussi une certaine légitimité à ce qu’un candidat genevois – ou d’un autre canton – se présente. Le critère numéro un est celui de la qualité de la candidature.

Pierre Maudet ne va-t-il pas se griller en se lançant déjà maintenant?

Ignazio Cassis prouve le contraire. Il s’est présenté en 2010 à une époque où il voulait simplement porter la voix du Tessin et cela ne lui porte pas du tout préjudice aujourd’hui. Si Pierre Maudet décide de se présenter et qu’il n’est pas élu, son âge, ses qualités et le fait qu’il exercerait alors encore comme conseiller d’Etat ne lui enlèveraient aucun droit de postuler par la suite, dans une autre configuration.

Et les femmes? Soutiendrez-vous un ticket 100% féminin lors du départ de Johann Schneider-Ammann comme le demande la présidente du PLR Femmes?

Je ne veux pas prendre des paris sur ce qui se passera l’année prochaine ou la suivante. Dans notre parti, il est clair que l’élément féminin est important et entre en ligne de compte, aujourd’hui aussi. Mais le critère de base restera toujours la qualité: qui peut le mieux représenter le PLR au sein du Conseil fédéral, servir le pays, et faire briller le parti? Peu importe, à mes yeux, que ce soit un homme ou une femme.

Quel souvenir gardez-vous de votre candidature au Conseil fédéral en 2009?

J’ai eu le meilleur de la vie d’un conseiller fédéral, c’est-à-dire jusqu’au moment de l’élection (rires). J’en garde un excellent souvenir. Cela faisait deux ans que j’étais à Berne. J’ai fait un score plutôt bon et cela m’a propulsé plus rapidement dans la vie politique fédérale. J’ai participé d’une certaine façon – c’était la stratégie de Fulvio Pelli à l’époque [ancien président du PLR, ndlr] – au maintien du deuxième siège PLR au Conseil fédéral ce qui était le but de l’opération. Et en plus c’est le meilleur qui a été élu, à savoir Didier Burkhalter.


 

Lire aussi: Le Tessin uni derrière Ignazio Cassis

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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