Il y a deux temps en politique. Le temps de latence qui fait naître puis mourir des espérances d’élections qui ne verront jamais le jour. Comme ces treize années au Château cantonal durant lesquelles les trois ministres PLR vaudois – Pascal Broulis, Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba – n’ont pas offert d’ouverture à leur parti et sont restés fixés à leurs sièges. Pour les aspirants libéraux radicaux qui rêvent d’un destin cantonal, treize ans, c’est long.

Puis il y a le temps de l’urgence, celui où l’on doit décider très vite, en quelques jours seulement, du tour que prendra sa carrière politique. C’est ce qui attend Christelle Luisier. Le nom de la syndique de Payerne est sur toutes les lèvres pour reprendre la place de Jacqueline de Quattro si celle-ci est élue au Conseil national dimanche prochain. Christelle Luisier devrait alors se prononcer sur sa candidature et, si tout se passe bien pour elle, quitter en début d’année la syndicature de la ville avec laquelle elle entretient un lien si fort: dix ans qu’elle s’occupe jour après jour de ses 10 000 habitants.

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Une flamme politique

La politique communale, Christelle Luisier est tombée dedans lorsqu’elle était petite fille. Ses parents – non politisés – tenaient le Café de la Poste à Payerne et vivaient à l’étage. Comme l’appartement n’avait pas de cuisine, la jeune écolière passait ses repas et ses soirées au bistrot. Un lieu parfait pour suivre le rythme de la vie locale, les coups de gueule et les coups de sang des habitués, le temps de voir naître une vocation. «Je me suis très tôt intéressée à la vie en société. J’avais un idéal de justice et l’envie d’y contribuer.» Attablée à son bureau de l’Hôtel de Ville, une bâtisse des années 1970 qui détonne du reste du bourg du XVIIIe siècle, la syndique dit qu’une petite flamme brûle en elle, qu’elle est plus forte que toutes les contraintes et aléas du monde politique.

Christelle Luisier a la chance d’avoir appartenu à cette génération de politiciens qui ont fait leurs armes à la Constituante. A 25 ans, elle y était cheffe du groupe radical. «Tous ceux qui ont vécu cette expérience l’ont trouvée exceptionnelle, tant dans la forme que dans le fond, témoigne-t-elle. Il n’y avait aucune inertie due à un historique de fonctionnement institutionnel.» Puis en tant que présidente du Parti radical vaudois, c’est à elle qu’est revenu le mandat de fusion avec les libéraux vaudois, main dans la main avec leur présidente – une amie –, Catherine Labouchère. On qualifiait alors ce duo d’«eau et de feu». Toujours cette flamme.

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La Broye, une région sous-représentée

Loin de la capitale, la Broye, morcelée entre les cantons de Vaud et de Fribourg, se plaint régulièrement de n’être pas assez représentée au sein de l’Etat vaudois. «La région a des attentes, c’est vrai. Nous représentons un territoire périurbain, avec des enjeux ruraux et des gros projets de développement de transports, de promotion économique.» Lors d’une élection complémentaire, Christelle Luisier pourrait compter sur les voix du terroir, mais pas seulement. Jacqueline de Quattro, qui la soutient, la décrit comme une «femme engagée pour les femmes». Elle a doublé le nombre de crèches de Payerne, a développé l’accueil parascolaire et la journée continue.

«Je crois au devoir d’exemplarité vis-à-vis des générations suivantes. Je suis intriguée par le fait que parmi toutes mes amies qui ont fait des études, je suis la seule à travailler à 100%.» Elle revient sur les propos de Doris Fiala, présidente des Femmes PLR, qui lançait un pavé dans la mare en questionnant, dans une interview du Matin Dimanche du mois de septembre, la place qu’ont les femmes pour la politique à côté de la famille et du boulot. «Ce qu’elle dit est vrai. Il ne faut pas se mentir, je n’ai jamais lâché ma carrière politique, mais ma famille en a pâti», révèle cette mère divorcée, dont les enfants ont aujourd’hui 17 et 14 ans. «Je n’ai pas autant donné à mes enfants que je l’aurais souhaité, et côté professionnel, bien que j’aie un brevet d’avocate, ç’aurait été difficile de devenir un vrai ténor du barreau.»

Le poids des communes

Si elle devait quitter la tête de sa ville, Christelle Luisier n’oublierait jamais le poids des communes. «Je dis toujours, un canton fort, ce sont des communes fortes. On parle aujourd’hui d’objectifs ambitieux pour la transition énergétique, mais au final, tout ce qui est implanté l’est sur un territoire. Savoir travailler avec ces entités locales est donc fondamental.»

Les prochaines semaines seront décisives pour l’avenir de la Payernoise. Il se peut évidemment que plusieurs candidats sortent du bois à l’annonce d’une place vacante au Château et que le parti doive organiser une primaire. Pour l’instant la syndique dit «réfléchir». Au temps de l’attente succéderait celui de l’envie et de l’ambition. Celle d’aller retrouver sa camarade de classe du gymnase du Nord vaudois, section latin-anglais, la socialiste Cesla Amarelle.