«L'issue du scrutin ne va pas m'empêcher de lancer les projets d'aménagement que j'ai pour la Ville de Genève.» Même s'il s'en défend, le conseiller administratif genevois Christian Ferrazino a subi un revers dimanche avec l'abrogation par une majorité d'électeurs, de la décision prise par l'ancien Grand Conseil d'octroyer davantage de libertés aux communes en matière de restriction de trafic. Soumise à référendum, la modification de la loi sur le domaine public autorisant les municipalités à créer des zones et des espaces piétonniers a été rejetée par 55,25% des votants. Tandis que celle sur la circulation routière, qui délègue à la commune la compétence d'interdire ou de restreindre le trafic, a été annulée avec 58% des suffrages.

Votées en janvier 2001 par l'Alternative, alors majoritaire au parlement cantonal, les deux modifications des deux lois visaient ostensiblement à permettre à Christian Ferrazino, le chef du Département municipal de l'aménagement, de réaliser certains projets urbains. En effet, l'aval du canton n'aurait plus été nécessaire pour restreindre ou interdire la circulation dans les cas définis par la loi. Mais Genève était un peu isolée. Lors de la campagne qui a précédé le référendum, aucune autre des 45 communes du canton ne s'est opposée aux arguments du comité référendaire, constitué du Groupement transports et économie (GTE), une organisation faîtière regroupant le TCS et plusieurs associations de commerçants. Ce comité a quant à lui reçu le soutien des partis de l'Entente de droite.

«Les opposants ont créé un débat idéologique en affirmant que l'accès au centre-ville allait être réduit pour les voitures et que cela occasionnerait des embouteillages, regrette Christian Ferrazino. C'est totalement faux puisque la compétence n'aurait été accordée que pour les axes communaux secondaires, c'est-à-dire essentiellement des rues résidentielles.» Selon le magistrat de l'Alliance de Gauche, les deux objets soumis à référendum avaient pour objectif «d'alléger le fardeau de l'Etat en déchargeant l'administration cantonale de procédures déclenchées à l'initiative des communes. Cela aurait aussi occasionné des économies.»

Le conseiller d'Etat Robert Cramer, qui hérite dès lundi du Département des transports, estime que les électeurs n'ont pas voulu renforcer l'autonomie des communes: «Le double «non» indique que les Genevois font davantage confiance au canton qu'à la ville pour gérer les questions d'aménagement.» L'élu des Verts invite «la municipalité genevoise à collaborer de façon plus soutenue avec le canton dans la politique des transports».

Le refus des électeurs va inévitablement retarder la réalisation de certains projets. «C'est vrai que les concrétisations auraient été plus rapides, mais cela ne va pas nous interdire de mener à bien toute la série de projets actuellement en cours», note Christian Ferrazino. Parmi eux, la création d'une zone piétonne à la place de la Navigation aux Pâquis, l'aménagement de la place des Nations ou encore l'introduction d'une zone 30 km/h près de la place des Augustins.