Christian Levrat est à la tête du Parti socialiste suisse depuis 2008. Il décidera d'ici au congrès de Thoune, les 3 et 4 décembre, s'il sollicite un nouveau mandat.

- Trois nouveaux présidents à la tête de l’UDC, du PLR et du PDC, un Conseil national clairement plus à droite... Comment le PS compte-t-il relever ce nouveau défi?

- J’avais prévenu durant la campagne électorale de 2015: le renforcement de la droite UDC-PLR conduira inévitablement à des tensions sur l’âge de la retraite, les cadeaux fiscaux qui affaiblissent l’Etat, le clientélisme. Nous y sommes. Une nouvelle arrogance est en train de s’installer. Les modérés de droite ne sont plus entendus. Et je ne suis pas surpris du suivisme du PDC. On voit les premiers résultats dans les décisions des commissions. L’armée, l’agriculture et les routes sont favorisés par rapport à la formation et à l’aide au développement. Mais les changements de président ne modifient pas grand-chose.

- Sur quels dossiers pensez-vous pouvoir encore vous allier aux partis de droite?

- Il y en a deux: l’Europe et l’asile. Pour ces dossiers, il n’y a pas de solution sans le PS. On ne pourra pas sortir du dilemme posé par l’initiative sur l’immigration sans nous. L’UDC joue un double jeu. Ses dirigeants réclament des plafonds et des contingents. Hors caméra, ils disent qu’on peut s’en passer.

- Selon Christoph Blocher , l’UDC lancera moins d’initiatives et de référendums à l’avenir. N’est-ce pas en revanche le PS qui devra recourir davantage aux instruments populaires?

- C’est probable. Nous avons déjà annoncé que nous partirions au référendum contre la troisième réforme de l’imposition des entreprises. La droite a surchargé le bateau en faveur des grandes entreprises avec une arrogance frappante. Elle n’a tiré aucune leçon de l’expérience vaudoise. Elle sous-estime la force de frappe du PS. Si elle continue à imposer sa ligne dure sur d’autres projets, il y aura une opposition de gauche. Nous devons aussi nous préparer à combattre la réforme des retraites, qui risque d’être déséquilibrée.

- Les trois nouveaux présidents ont l’attrait du neuf, contrairement à vous qui êtes le doyen de fonction et passez peut-être pour un vétéran. N’est-ce pas un handicap?

- Je suis toujours, après Petra Gössi, le plus jeune des présidents des partis gouvernementaux. L’expérience a un avantage évident. Elle permet d’avoir une certaine distance et une certaine cohérence dans l’action sur le long terme. Il faudra voir si le renouveau attendu par ces partis se confirme. La société qui emploie Petra Gössi est empêtrée dans les Panama Papers. Gerhard Pfister s’époumone à expliquer qu’il n’est pas aussi conservateur qu’il en a l’air. Albert Rösti ira prendre ses ordres à Herrliberg, chez Christoph Blocher.

- Lors de l’assemblée du parti à La Chaux-de-Fonds, vous avez subi un échec avec votre projet EEE 2.0. N’est-ce pas gênant pour vous?

- Par chance, le PS n’est pas un parti de petits soldats qui suivent les instructions reçues d’en haut. Il est pris au piège entre la volonté de maintenir la voie bilatérale, celle de conclure un accord institutionnel avec l’UE et le rêve de l’adhésion, qui n’est pas réaliste à moyen terme. Nous avons proposé une voie intermédiaire, mais n’avons pas convaincu pour l’instant. Le parti n’était pas prêt pour faire le pas. Nous en reparlerons en décembre. Ce n’est pas grave.

- La base a aussi décidé de soutenir le référendum contre la loi sur la surveillance postale et des télécommunications contre l’avis de la direction du parti.

- Je suis effectivement opposé à ce référendum. Je soutiens celui qui a été lancé contre la loi sur le renseignement, car elle fait irruption dans le vie privée de citoyens qui n’ont rien à se reprocher. En revanche, je juge normal qu’on procède à des écoutes de personnes soupçonnés d’activités criminelles. Mais bon, je prends acte de la décision de la base du parti.

- La droite s’est renforcée. La gauche va devoir combattre. Vous êtes en place depuis huit ans. Vous sentez-vous la force de mener ces batailles?

- Qui mènera le parti aux élections fédérales de 2019 ? C’est la question que nous nous posons actuellement. Je dois prendre deux critères en compte. Ai-je envie de le faire? Les turbulences du moment ont plutôt tendance à me motiver. Et quel est l’intérêt du parti? Est-ce que la continuité dans notre action et la lisibilité de nos positions implique la poursuite de ma présidence? Ou, au contraire, veut-on un certain renouveau? Je suis assez ouvert.

- Quel est votre calendrier?

- Je prendrai ma décision d’ici au congrès de décembre.


 Lire aussi: