Un an avant les élections: LE PS

Christian Levrat: «Ni le PDC ni le PLR ne sont des alternatives à l’UDC»

L’objectif de Christian Levrat est de récolter 20% des suffrages et de tout faire pour éviter l’élection au Conseil fédéral de deux UDC et de deux PLR. Le président du PS se dit aussi prêt à réélire Eveline Widmer-Schlumpf

Le conseiller aux Etats fribourgeois Christian Levrat, président du PS, hausse le ton face à l’UDC.

Le Temps: Vous avez été remis à votre place pour avoir déclaré que l’UDC a clairement des tendances fascistoïdes. Vous regrettez d’être allé aussi loin?

Christian Levrat: J’ai reçu plus de félicitations que de critiques, y compris à droite. Et non, je ne regrette rien. L’UDC demande la dénonciation de la Convention européenne des droits de l’Homme, ce qui était encore inimaginable il y a deux ans. Elle remet constamment en cause les plus hautes institutions que sont le Conseil fédéral, le Tribunal fédéral ou encore le parlement. Elle conteste maintenant aussi le droit à l’asile de personnes dont on admet qu’elles sont persécutées et menacées. Cette stratégie de radicalisation est dangereuse et il est temps de mener ce débat sur les limites de l’acceptable dans notre culture politique.

– Mais n’est-ce pas l’électorat du plus grand parti de Suisse et la majorité de citoyens qui ont accepté l’initiative sur l’immigration de l’UDC que vous jugez?

– Il ne faut pas tout mélanger. Cet électorat est composé dans son immense majorité de braves gens qui ont le droit d’avoir des positions conservatrices ou nationalistes. Je regrette qu’il puisse se sentir vexé par mes propos. Surtout que d’autres le disent, comme le président du PBD, Martin Landolt, ou encore l’ancien conseiller fédéral UDC Adolf Ogi.

– La campagne se résumera-t-elle à contester l’UDC jusqu’en octobre 2015?

– C’est justement parce que nous sommes encore loin des élections que je lance ce débat. J’ai toujours dit qu’il ne fallait pas nourrir l’UDC en répondant à ses provocations. Mais ce parti a changé de registre. Pendant tout l’été, nous avons vu émerger des tendances inquiétantes. Personne ne traite l’UDC actuelle de nazie, mais interrogeons-nous sur la revendication de ce parti de représenter à lui seul l’entier du peuple, et de rejeter tous les autres partis, les autorités, les gens plus ouverts au titre de «classe politique». Il est temps qu’on éclaire sa stratégie afin que son électorat lui-même lui fixe des limites car je constate que les prétendument modérés du parti sont alignés couverts.

– La migration sera au centre de la campagne. Avec inéluctablement l’UDC pour porter le drapeau et les autres partis derrière?

– Pas forcément. La migration n’est pas un tabou. Et tous les partis devront débattre de l’application de l’initiative du 9 février. Donc également de l’Europe. Il nous faudra trouver une solution.

– Cette solution est loin de se dessiner. Le centre droit est divisé. Vous y allez de votre propre couplet. Comment être audible?

– En étant concret, car on ne va pas continuer longtemps à pousser des fantômes d’un coin à l’autre de la pièce. L’Union européenne va refuser de renégocier l’accord sur la libre circulation. Il faut donc tenir compte autrement de la volonté populaire. Je suis persuadé que la mise en œuvre de l’initiative du 9 février passera par des mesures sociales et économiques. En permettant aux femmes de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle, en encourageant le travail des seniors, en orientant la formation en fonction des besoins du marché, la Suisse pourra limiter l’immigration des travailleurs. L’UDC lancera probablement un référendum contre cette option. Mais je n’ai pas peur de ce débat.

– Le PS va donc continuer à utiliser la votation du 9 février pour faire passer ses propositions?

– Nous n’utilisons rien. Il s’avère que nos thèmes complètent utilement la discussion sur la mise en œuvre de cette initiative. Le 9 février, j’ai le sentiment que l’UDC a marqué un autogoal et va subir l’effet boomerang de son initiative. On ne pourra pas introduire de contingent ou imposer la préférence indigène. Dès lors, on débouchera immanquablement sur notre terrain. – Votre slogan, «Pour tous, sans privilèges», fera-t-il le poids face aux soucis des Suisses?

– Cette formule résume bien notre position sur l’échiquier politique et je suis assez optimiste en ce qui nous concerne. Contrairement à d’autres, nous n’avons pas de fils à la patte. Nous ne sommes pas financés par des lobbys ou des grandes entreprises. Nous défendons l’intérêt général. «Pour tous, sans privilèges» n’est pas qu’un slogan. Nous voulons un travail décent pour tous, des salaires corrects, des logements abordables. Ce sont des préoccupations actuelles. 2015 sera également une année décisive pour le futur de nos rentes vieillesse. Le Parti socialiste pourra montrer qu’il est le seul garant de l’AVS face à une droite qui parle déjà de la retraite à 67 ans. – Votre objectif est de passer de 18,7% à 20%. Comment?

– Contrairement à d’autres partis, comme le PLR qui veut nous battre, nous avons fixé un objectif réaliste et pour l’atteindre nous serons davantage sur le terrain.

– A qui prendrez-vous ces voix?

– Une élection, c’est surtout une question de mobilisation et moins de flux d’électeurs entre partis. Mais je pense que ni le PDC ni le PLR ne sont des alternatives à l’UDC. Le PDC parce qu’il maintient une approche clientéliste dans les régions où il est fortement ancré. Le PLR parce qu’il n’a pas le courage de trancher entre ce qu’il était naguère et sa nouvelle posture de partenaire junior de l’UDC. Le PLR est disqualifié en tant que force de résistance.

– Durant cette législature, les succès en votation ont été maigres. Vos initiatives axées sur la politique sociale et économique ont été balayées…

– Je ne suis pas d’accord avec ce constat. Car les effets peuvent aussi être indirects. L’initiative 1:12 a permis de débattre des hauts revenus. Et sans notre initiative sur la caisse publique, il n’y aurait jamais eu de loi sur la surveillance des caisses maladie. Les partis de droite ont été forcés de se positionner, les fronts ont bougé.

– L’autre enjeu majeur des élections fédérales sera la réélection du Conseil fédéral. A ce stade, qui pour gouverner la Suisse?

– L’objectif premier est de faire réélire nos deux conseillers fédéraux, mais je ne suis pas trop inquiet car les qualités de Simonetta Sommaruga et d’Alain Berset sont reconnues. Ensuite, il faut empêcher la constitution d’une majorité avec deux UDC et deux PLR. Nous avons expérimenté cette configuration entre 2003 et 2007 et les pires méfaits ont été commis durant cette période.

– Mais que préférez-vous: un second UDC présentable à vos yeux ou un Johann Schneider-Ammann qui défend l’optimisation fiscale?

– Je peux vivre avec un UDC et deux PLR ou deux UDC et un PLR. Quant à Eveline Widmer-Schlumpf, le PS a voté pour elle à deux reprises. Je ne vois pas pourquoi il en irait autrement en 2015.

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