Le Temps: Comment réagissez-vous aux reproches de Peter Bodenmann?

Christian Levrat: Cela fait partie du jeu, et les partis ont besoin de personnes qui portent des jugements critiques sur leur action. Nous devons avoir toutefois confiance en nos propres stratégies pour mettre ses reproches en perspective. Personnellement, je me suis demandé s’il y a des éléments dans les reproches de Peter Bodenmann qui doivent être pris en compte. Malheureusement, j’ai été un peu déçu. Contrairement à ce qu’il dit, le PS mène campagne depuis des mois pour apporter des réponses à la crise. Les gens voient bien que nous défendons des thèmes bancaires et d’économie sociale. A nous d’apporter des réponses pour la vie concrète des gens pour qu’ils soutiennent le PS. Peter Bodenmann feint de ne pas s’en rendre compte et reprend de vieilles discussions qu’il mène depuis 1995 avec Moritz Leuenberger.

– Vu les mauvais résultats obtenus par le PS outre-Sarine, n’y a-t-il pas un problème au sein du PS alémanique?

– Evidemment, il y a un problème d’image du PS en Suisse alémanique. Mais je le savais en prenant mes fonctions. Et ce problème met du temps à se résoudre, c’est normal. Mais nous travaillons dur pour le résoudre: programme pour assurer la relève, positionnement plus offensif du parti national, concentration sur l’économie, le social et l’énergie. Nous sommes en marche, mais les résultats mettront du temps à apparaître.

– N’était-ce pas une erreur d’empoigner la question de la sécurité?

– Non. Ce thème constituait une attente de la base. Il est important que nous influencions ce débat en apportant nos propres réponses. Cependant, s’il est vrai que la sécurité a constitué le sujet de campagne du PS argovien, c’est une erreur stratégique. Il n’a jamais été prévu au sein du PS suisse que la sécurité devienne un thème de campagne.

– Quand Peter Bodenmann critique le fait que Moritz Leuenberger s’accroche à son siège et que le PS ne fait pas pression pour accélérer son départ, on ne peut pas lui donner tort?

– Cela fait une dizaine d’années que Peter Bodenmann revient avec cette critique. Je rappelle simplement que c’est sous sa présidence que Moritz Leuenberger a été élu. Par ailleurs, nous n’allons pas écrire des communiqués de presse lorsque je rencontre Moritz Leuenberger. Certaines discussions se font entre quatre yeux.