Est-ce le poids psychologique du face-à-face avec les ravisseurs? Après avoir évoqué les conséquences du rapt sur leur vie, Stéphane Lagonico et ses parents ont laissé lundi les juges du Tribunal de Lausanne se pencher seuls sur la situation personnelle de leurs bourreaux. La Cour a notamment évoqué le parcours tourmenté de Marc Pidoux, et les liens qui l'unissent à son frère Christian.

Le traumatisme d'un enlèvement ne se résout pas à la libération de l'otage. Les médecins suivant la famille et quelques proches ont confié combien les victimes avaient été marquées par des troubles durables. Toute la famille, bouleversée, est en traitement médical, souffrant d'angoisses, de méfiance et d'un sentiment permanent d'insécurité. «Ils se trouvent toujours dans une phase de révolte et de recherche de justice, avant celle nécessaire d'acceptation», a expliqué un des praticiens.

Stéphane Lagonico ne voulait pas en entendre parler de psychothérapie. «Je pensais que mes forces seraient suffisantes. Mais, chaque nuit, je lutte contre l'angoisse. Il y a des lésions qui ne sont pas réparables», confie-t-il. Pour un de ses amis, «il y a quelque chose de cassé en lui. La sérénité et la gaieté qui ne reviendront pas.»

Tort moral

Le défenseur de la famille, Me Eric Stoudmann, a chiffré les prétentions en dédommagement de la victime et de ses parents. Un montant de 100 000 francs est demandé à titre de tort moral, ainsi que le remboursement du solde de la rançon non retrouvée, soit un peu plus de 263 000 francs, «flambés» durant la folle cavale. Comme pour marquer une page, la famille a demandé à être dispensée de suivre l'audience cette semaine.

En leur absence, le Tribunal commence à examiner le parcours des accusés. Né en Colombie et adopté à l'âge de 2 ans et demi, Marc Pidoux a été un très bon élève, prenant plusieurs classes d'avance. Il fait du plongeon, puis se lance dans la danse classique. Après son bac cependant, il part à Varsovie, où il tente de créer une agence immobilière. Revenu en 1997, il fait plusieurs tentatives de suicide et passages en institution, avant d'être impliqué dans les événements, puis de se reconvertir dans l'informatique.

«Les deux frères ont une fidélité animale. Depuis tout petit, l'un vole toujours au secours de l'autre. On ne peut toucher à l'un sans avoir l'autre sur le dos», raconte le parrain de Marc. Pourtant, ce médecin ami de la famille ne pense pas que cette relation ait amené le cadet à commettre un délit pour son frère. «Il a un sens des valeurs suffisant, et, pendant plusieurs années, il ne l'a pas suivi.» La Cour poursuit l'examen du parcours des hommes de main. Elle devrait se pencher sur celui des trois principaux accusés mercredi.