Crispation entre la ville de Genève et la France voisine après l’annonce qu’une autoroute sera construite dans le Chablais français, cela juste après la mise en circulation du Léman Express. Christian Monteil, le président du département de la Haute-Savoie, qui a répondu aux questions du Temps, annonce que les travaux débuteront en 2022 pour s’achever en 2024.

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Le Temps: La ville de Genève a décidé de recourir contre le projet d’autoroute Thonon-Machilly, qui concurrencerait le RER transfrontalier. Quelle est votre réaction?

Christian Monteil: Je ne suis évidemment pas content et je ne suis pas pour autant surpris. Durant l’enquête d’utilité publique, la ville de Genève a déposé beaucoup de questions, émis beaucoup de réserves et montré beaucoup d’hostilité. Avec cette attaque contre la déclaration d’utilité publique signée par le premier ministre français, c’est aujourd’hui une nouvelle tentative de contestation. Mais je dois rappeler que Monsieur Rémy Pagani a signé la charte d’engagement pour le territoire du Grand Genève 2016-2030, également avalisée par le canton de Genève, celui de Vaud, Nyon, le département de l’Ain et celui de la Haute-Savoie. C’est notre vision commune, ce sont nos vœux communs. Nous avons évoqué les infrastructures et parmi elles les motorisées, dont la deux fois deux voies Thonon-Machilly. Monsieur Pagani, je le répète, a signé tout cela sans réserve. On met en œuvre aujourd’hui son contenu.

Certes, mais depuis il y a eu le Léman Express, que votre département a grandement financé pour la partie française. On invite les usagers à monter dans le train et dans le même temps on leur promet une nouvelle autoroute…

Nous avons voulu le Léman Express et nous l’avons financé, comme vous l’avez indiqué. Je suis persuadé que les frontaliers vont privilégier ce mode de transport. Au passage, je ne suis pas sûr que la ville de Genève ait beaucoup participé au financement du RER, contrairement au canton de Genève, où l’on côtoie des élus responsables. Je veux être jugé sur l’ensemble de mon action, pas sur une analyse à la découpe. Le département accusait beaucoup de retard en termes de mobilité, nous avons ouvert des lignes de bus et des routes à vélos, construit des parkings P+R, développé le transport lacustre. Et il y a bien entendu le Léman Express. Mais le Chablais, ce ne sont pas seulement des frontaliers. Il y a beaucoup de mouvements internes, des gens qui travaillent dans la région, aux Eaux d’Evian, par exemple. Il y a des touristes qui ont besoin de circuler et des salariés qui se rendent chaque jour dans la vallée de l’Arve.

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Cette vallée est parmi les plus polluées de France. Le nouveau tronçon va rejoindre Annemasse, mais aussi l’A40. Encore plus de voitures s’y engageront donc.

La vallée de l’Arve n’est pas la vallée de la Mort. Nous avons mis en place un plan de protection de l’atmosphère. Ses premiers résultats sont encourageants. Parfois je suis un peu las qu’on tire à vue sur chacune de nos initiatives. Il est facile de sans cesse condamner.

L’autoroute Annecy-Genève ouverte en 2008 n’a pas fait sauter le bouchon de Cruseilles. Les opposants au nouveau tronçon jugent que ces voies rapides sont des aspirateurs à voitures, et ne règlent donc rien.

Fermez une journée l’autoroute entre Annecy et Genève et vous verrez la catastrophe.

Les usagers prendront peut-être le train…

La Haute-Savoie, ce sont 850 000 habitants qui, j’insiste, ne sont pas tous des travailleurs frontaliers.