C'est Christian Pidoux qui a commandité et organisé le rapt de Stéphane Lagonico. Il a toujours voulu une rançon et ne s'est jamais fait déborder par des exécutants devenus plus exigeants. A l'issue de quatre semaines d'audience et de cinq jours de délibérations, le Tribunal correctionnel a rendu mardi un jugement sévère à l'encontre du fils de l'ancien conseiller d'Etat. Christian Pidoux est condamné à 9 ans de réclusion pour une culpabilité qualifiée «d'extrêmement lourde». Pascal Schumacher, qui se voit infliger une peine de 6 ans, a été arrêté à l'issue de l'audience. Katia Pastori, dernière figure du «trio infernal», écope de 3 ans de prison.

L'atmosphère était lourde durant les deux heures qu'a duré la lecture par le président Jean-François Meylan des motifs, des qualifications juridiques retenues et enfin des peines prononcées à l'encontre des treize accusés de ce procès. D'entrée de cause, le Tribunal a fait part de sa conviction quant au rôle joué dans cette affaire par Christian Pidoux. La thèse selon laquelle ce dernier voulait séquestrer la victime et s'enrichir grâce à ses cartes de crédit a été balayée. Les juges estiment que le cerveau de ce rapt a toujours caressé l'idée d'une prise d'otage. Il en avait parlé à des tiers, il a mis en œuvre des moyens considérables pour faire aboutir son projet criminel, il n'a rien acheté avec les cartes de crédit mais a au contraire réclamé d'emblée une rançon de 5 millions à la famille Lagonico. Enfin, une conversation téléphonique avec un des intermédiaires dévoile un Christian Pidoux «rigolard et fier de son coup» après avoir empoché la première et finalement unique tranche de 500 000 francs.

L'intéressé n'a pas hésité à faire enlever le fils d'amis de ses parents, relève encore le jugement. Christian Pidoux a agi par appât du gain et animé par la jalousie. Il a entraîné dans la délinquance son frère cadet Marc et son amie Katia Pastori et a trompé ses comparses sur ses réelles intentions. A charge de l'accusé, le Tribunal souligne encore sa faible prise de conscience et l'absence de regret à l'égard de ce qu'il a fait subir à Stéphane Lagonico. A sa décharge, les juges retiennent sa responsabilité moyenne et «son mauvais départ dans la vie».

Que savait Pascal Schumacher des projets de Christian Pidoux? De nombreux indices laissent penser qu'il avait connaissance de l'idée du rapt bien avant. Au bénéfice du doute, les juges retiennent toutefois que Pascal Schumacher n'a appris les faits que lorsqu'il a prêté son fourgon pour les tentatives avortées de la première équipe d'exécutants. Christian Pidoux a d'abord prétexté des menaces pour convaincre son ami mais ce dernier s'est très vite rendu compte qu'elles n'existaient pas. Lorsqu'il a appelé Carmela Lagonico, Pascal Schumacher savait donc que les menaces étaient irréelles. «Il n'est pas naïf ou crédule donc il était au courant de ce qui se passait», souligne le président. Il a agi pour se faire valoir auprès de Christian Pidoux mais aussi pour l'argent et l'amour de la belle vie et sans la moindre considération pour les graves dommages psychologiques causés par ses menaces à la famille de la victime. Le Tribunal écarte enfin le repentir sincère en relevant que Pascal Schumacher a justifié ses appels de rançon en disant vouloir ainsi «sauver la vie de l'otage». Une défense qui n'a fait qu'augmenter le dommage déjà subi. Vu le risque de fuite et le caractère impulsif de l'intéressé, le Tribunal a ordonné son arrestation immédiate. Me Dominique Warluzel a recouru contre cette mesure. C'est le Tribunal de cassation qui tranchera.

Katia Pastori a d'abord joué le rôle de négociatrice, chargée de convaincre des hommes de main mécontents de garder l'otage plus longtemps, avant que Marc Pidoux ne la remplace dans cette mission. Selon le jugement, tous deux ont bien été séquestrés dans l'appartement de l'intermédiaire et attachés par le chef de la bande des Kosovars dans un but d'intimidation. Ces menaces sont toutefois restées sans effet sur le comportement ultérieur de Christian Pidoux et Pascal Schumacher. Lorsqu'elle s'est rendue à Evian et a téléphoné à Carmela Lagonico dans le but d'obtenir le solde de la rançon, Katia Pastori s'est rendue coupable d'un crime impossible de prise d'otage qualifiée car la victime avait déjà été libérée par la police. Son état de santé, sa responsabilité diminuée ainsi que le fait qu'elle se soit rendue aux autorités atténuent sa culpabilité, souligne le président. Marc Pidoux écope quant à lui d'une peine de 12 mois de prison avec sursis pour son rôle de complice.

La famille Lagonico ne s'est pas déplacée pour entendre le jugement. «Elle ne voulait pas donner l'impression de venir à la curée», explique Me Eric Stoudmann, avocat de la partie civile. Une famille qui a obtenu 210 000 francs d'indemnités à titre de tort moral pour les souffrances subies durant et après le rapt.