Le ton est juste. Maniant la finesse et parfois l'humour, Me Laurent Moreillon a dressé en début de matinée un portrait nuancé mais attachant de Christian Pidoux. Très loin du Pablo Escobar romand dépeint par certains, l'avocat démonte pièce par pièce l'image du parrain calculateur qui aurait planifié de bout en bout cette prise d'otage pour montrer «la face cachée du cervelet». Une face qui ne peut faire l'économie de sa personnalité et donc de son passé. Ses racines, ce sont les rues de Cali, l'angoisse du lendemain et un abandon qui restera à jamais inexpliqué. Certes, une bonne fée est arrivée pour le tirer de l'orphelinat et de la misère. «Mais cette baguette magique ne suffit pas à tout effacer.» Christian Pidoux doit apprendre à coexister avec sa famille d'adoption, intégrer un nouveau décor et surtout de nouvelles émotions. Une adaptation qui ne se fera pas sans souffrances.

Dans une lettre écrite en prison et destinée à son pasteur, Christian Pidoux exprime ce déchirement: «A mes yeux, mes parents ont dû arracher ma personnalité comme on arrache de mauvaises herbes. Plus question d'exubérance ou de croquer la vie à belles dents. Je devais éradiquer ces traits et mes sentiments se sont mutés n'importe comment, dans la violence.» Il ajoute: «On m'a inculqué que l'échec n'était pas permis. C'est pourquoi je quittais le navire avant l'épreuve.. Déchiré entre la peur de se voir encore répudié et l'envie de rester loyal à ses origines latines, son besoin d'appartenir à cette rue, il retrouve un peu de réconfort sur les genoux de son grand-père maternel. «Celui qui avait le cœur assez gros pour raccommoder le mien.»

Rappelant les conclusions de l'expertise psychiatrique qui relèvent les troubles importants présentés par l'accusé, Me Moreillon a plaidé pour une peine maximale de 6 ans et surtout contre les «réquisitions démentielles du Ministère public». «Christian Pidoux veut se soigner. Il faut éviter de le démobiliser par une sanction exagérée.»

Fa. M.