La défense de Christian Pidoux doit répondre non pas à un mais à plusieurs réquisitoires. Le procureur général a donné le ton, les autres suivent la mélodie: «C'est la faute à Christian.» Avant Me Laurent Moreillon, qui reprendra le flambeau mercredi matin afin de dépeindre la personnalité du principal accusé de ce procès, Me Gilles Monnier a commencé à dresser le portrait d'un «demi-cerveau», paniqué, menacé et contraint. L'avocat s'est attaché à démonter la thèse de l'accusation qui se base uniquement sur le sentiment mais non pas sur des preuves. «Au nom de la logique et de la raison, on dit aux juges de balayer d'un revers de main la version de Christian Pidoux. Mais ce dernier n'a pas les mêmes lois de la raison que nous. On ne peut le présenter comme un cerveau sans chercher à savoir ce qui se passait dans sa tête.»

Paradoxe permanent, fragile malgré l'apparence qu'il veut donner, Christian Pidoux n'a rien de cet être mû par une «unité de pensée et d'action» qu'a présenté le Parquet. A-t-il parlé d'enlèvement et de rançon des mois avant le rapt de Stéphane Lagonico? Il s'agissait de conversations de boîte de nuit, où alcool et frime faisaient bon ménage. «Rien à voir avec un projet réfléchi», souligne Me Monnier. Et l'avocat de rappeler que tous les protagonistes sont au moins d'accord sur un point: au départ, l'idée présentée était de séquestrer la victime pour lui prendre ses cartes de crédit et obtenir ainsi 200 000 francs. Irréaliste? Pas tant que cela, suggère la défense. D'ailleurs, si Christian Pidoux avait l'intention de demander une rançon, pourquoi a-t-il attendu le lendemain du rapt pour se procurer le numéro de Natel de Carmela Lagonico par l'entremise des exécutants alors qu'il aurait pu consulter l'agenda de ses propres parents beaucoup plus tôt?

Pour l'avocat, cette histoire est bien celle d'une lutte de pouvoir. Une lutte entre le cerveau, celui qui détient la force mais aussi celui qui assure la liaison et aimerait bien s'appuyer sur l'arrière-garde pour monter dans la hiérarchie. C'est bien sous la pression, la surenchère imposée par l'équipe des Kosovars et les menaces que Christian Pidoux a fait le choix dramatique, celui de la rançon. Pourquoi a-t-il alors demandé le solde depuis Evian, soit 4,5 millions de francs, après avoir payé leur dû aux hommes de main? «Il a tenté le tout pour le tout. Sa fuite au Brésil, l'argent flambé en l'espace de trois semaines, toute cette démesure s'inscrit dans la droite ligne de ce baroud d'honneur, ou plutôt de déshonneur, que constituait déjà la demande d'Evian.» Et Me Monnier de conclure que la peine de 12 ans de réclusion requise par le Parquet est «complètement hors de proportion» pour ce «demi-cerveau», en référence à sa responsabilité restreinte.

Réquisitoire en forme d'exécution publique, c'est aussi ce qu'ont plaidé trois autres défenseurs plus tôt dans la journée. Pour Me Eric Stauffacher, Naïm n'a rien du «chef des Kosovars» ou de la brute épaisse décrite par l'accusation. Il faisait au contraire partie de cette soldatesque subordonnée, ignorante et interchangeable. Le mythe des «professionnels» n'est qu'un argument tautologique, soutient l'avocat. Ils sont devenus des pros simplement parce qu'ils ont réussi l'enlèvement. Le seul chef dans cette affaire, c'est bien Christian Pidoux. Ce dernier a trompé son monde sur la personnalité prétendument dangereuse de la victime, la provenance de l'argent et le montant. Naïm s'est-il énervé? «Il avait de bonnes raisons de péter les plombs car il avait l'impression d'avoir été roulé dans la farine. Cette colère est plutôt un acte d'impuissance», a relevé Me Stauffacher tout en demandant au Tribunal de diviser par deux ou même par trois la peine de 12 ans requise contre son client.

Pièce interchangeable, l'argument fait aussi recette auprès des avocats d'Alpi, le recruteur, et de Mike, le téléphoniste. Me Jean Samuel Leuba a souligné qu'Alpi n'est sorti de cette histoire qu'avec 3000 francs et une veste d'occasion. Son rôle le plus important a été de trouver des gens prêts à se salir les mains mais rien d'autre qui puisse ressembler à un début de commandement. Enfin, Me François Roux a soutenu qu'avec ou sans Mike, tout se serait déroulé de la même façon.

Le procès reprend ce jeudi avec les dernières plaidoiries.