Christian Vitta a défendu jeudi à Berne la solution proposée par le gouvernement tessinois pour sortir de l'impasse du 9 février 2014. Le chef du Département tessinois de l'économie a présenté le projet de clause de sauvegarde régionale pour les frontaliers (LT du 20.05.15) à un parterre de représentants des administrations cantonales et fédérale. Ce projet part du constat que les disparités entre les niveaux de salaire, les taux de chômage, les charges fiscales et les coûts de la vie ne sont nulle part aussi élevées qu'entre le Tessin et le voisin lombard. Le principe envisagé est le suivant: le couperet protectionniste pourrait être actionné dès que le différentiel dépasse un certain seuil.

Le Conseil d'Etat tessinois a donné mandat à l'ancien secrétaire d'Etat Michael Ambühl, professeur à l'EPFZ, de présenter un rapport complet d'ici à février 2016. Présent jeudi, le conseiller d'Etat fribourgeois Beat Vonlanthen qualifie l'idée d'<intéressante, enrichissante et digne d'être approfondie>. <Le canton du Tessin est sous forte pression. Dans l'intérêt de la cohésion nationale, il faut trouver une solution>, dit-il.

Le Temps: Christian Vitta, quel accueil votre solution a-t-elle reçue?

Christian Vitta: Nous avons surtout fait une présentation technique. Il était utile d'avoir autour de la table des techniciens, qui ont fait des observations intéressantes. J'ai été agréablement surpris de voir qu'il y avait aussi beaucoup de fonctionnaires de l'administration fédérale. C'est un bon signe. 

- Vous avez présenté votre solution de clause de sauvegarde régionale en mai. Avez-vous, depuis cette date, pris contact avec d'autres cantons frontaliers, par exemple Genève?

- Ces contacts ont eu lieu aujourd'hui. Nous avons exposé notre solution pour la première fois aux représentants de ces cantons. L'étude de Michael Ambühl partira bien sûr de l'exemple du Tessin, mais elle englobera aussi la problématique des frontaliers à Genève, à Bâle ou dans l'Arc jurassien. Ce qui est important, c'est de reconnaître que le marché du travail suisse n'est pas homogène. Les situations varient d'une région à l'autre. C'est pour cela que nous proposons une solution fédéraliste dont nous souhaitons qu'elle soit compatible avec les règles de l'Union européenne.

- En parallèle, le gouvernement tessinois veut demander aux Italiens qui travaillent en Suisse un extrait de casier judiciaire. Une telle exigence n'est-elle pas incompatible avec la flexibilité que vous demandez pour le marché du travail tessinois?

- Cette question de casier judiciaire a pour but de s'assurer que ceux qui travaillent chez nous n'ont pas de lien avec une organisation criminelle. La clause de sauvegarde est une approche constructive envisagée à long terme.

- Votre proposition part de l'idée que les disparités entre le Tessin et la Lombardie sont profondes. Or, on a longtemps eu le sentiment que la Lombardie était une région riche. Que s'est-il passé?

- Jusqu'en 2008, la Lombardie était une région dynamique et son taux de chômage était inférieur à celui de la Suisse et du Tessin. Après la grande crise financière, la Lombardie s'est fermée et a aujourd'hui un taux supérieur. C'est cela qui met la pression sur notre marché du travail.

- Quelle est la suite des opérations?

- Nous souhaitons que le Conseil fédéral prenne notre proposition en considération dans son rapport de synthèse de la consultation sur la mise en oeuvre de l'article constitutionnel 121a sur l'immigration, puis dans le message au parlement. Nous prévoyons de recevoir l'étude définitive de Michael Ambühl d'ici à la fin de l'année ou au début de l'année prochaine.