La place financière suisse, son avenir, ses parts d’ombre sont au cœur des sujets de la presse du dimanche. Eveline Widmer-Schlumpf, d’abord. Malmenée à propos de sa stratégie de l’argent blanc qu’elle peine à imposer au reste du Conseil fédéral, elle continue à pouvoir compter sur le soutien sans défaut du Soleurois Christian Wanner. Dans la SonntagsZeitung, le président PLR de la Conférence des directeurs cantonaux des finances vole à son secours en soutenant avec détermination le système de «l’autodéclaration» des clients étrangers des banques suisses défendu par la ministre des finances. Une obligation pour ces derniers de garantir qu’ils sont en règle avec leur fisc d’origine «nous rendrait plus crédibles vis-à-vis des pays étrangers.» Les banques, selon lui, devraient également être contraintes d’annoncer aux autorités les cas qui leur semblent suspects.

Le président de la Conférence des directeurs cantonaux des finances s’insurge contre l’idée de supprimer l’impôt anticipé. L’abrogation de ce mécanisme anti-fraude «n’entre pas en ligne de compte» et serait un «non-sens absolu» même si la loi devait renoncer au secret bancaire des contribuables suisses vis-à-vis du fisc. Enfin, Christian Wanner s’oppose catégoriquement à un abaissement de la fiscalité ordinaire des sociétés au niveau des «statuts spéciaux» offerts aux sociétés auxiliaires et contestés par Bruxelles. Les pertes fiscales seraient trop importantes, et «il est impensable que la Confédération compense ce que les cantons y perdraient.»

Les soubresauts qui affectent la place financière continuent à faire sentir leurs effets. La NZZ am Sonntag révèle que l’enquête du Ministère public de la Confédération pour le vol de données bancaires au sein de Julius Bär ne vise pas un mais désormais trois prévenus. L’information a été confirmée par le Ministère public fédéral. Outre la violation du secret bancaire et l’espionnage économique, le parquet retient aussi le blanchiment d’argent. Ce qui signifie, explique l’hebdomadaire, que les inculpés sont soupçonnés d’avoir reçu de l’argent en échange. L’ex-informaticien est accusé d’avoir soustrait des données à son employeur et de les avoir vendues au ministère des finances du Land allemand de Rhénanie du Nord-Westphalie. L’un des deux autres prévenus aurait joué un rôle d’intermédiaire.

Le procureur général de la Confédération Michael Lauber plaide, lui, pour un durcissement des peines réprimant le blanchiment d’argent. Le haut magistrat revient dans Le Matin dimanche sur le récent acquittement de l’accusation de blanchiment d’argent d’un gérant de fortune indépendant genevois par le Tribunal pénal fédéral. Il dit attendre les considérants du jugement avec beaucoup d’intérêt. Car il pourrait s’avérer nécessaire, le cas échéant, de durcir la loi. «Une idée serait d’inverser le fardeau de la preuve, comme le prévoit déjà la loi dans le cas d’une organisation criminelle.» La preuve qu’un intermédiaire financier connaissait l’origine illicite des fonds et que c’est volontairement qu’il a agi est en effet très difficile à apporter, explique Michael Lauber, qui propose en même temps de faire passer la peine maximale de trois à au moins cinq, voire sept ans de prison.

A lire également dans le Matin dimanche une interview de Paolo Bernasconi, avocat, professeur, ancien procureur – une pensée toujours libre, souvent inattendue. Cette fois, le Tessinois rompt une lance en faveur de l’initiative populaire de Thomas Minder contre les rémunérations abusives. Le texte est la bête noire des milieux économiques, qui vont se mobiliser massivement pour soutenir le contre-projet, mais Paolo Bernasconi a choisi son camp. Ce sera celui de Thomas Minder «qui ne doit pas aller seul au combat.» «J’admire la manière dont il est parvenu à sortir de la tactique parlementaire dans laquelle on a tenté de l’embourber pendant cinq ans» Paolo Bernasconi annonce la création d’un comité national hors parti, et de «comités Minder» dans les quartiers, les usines. Et les écoles: mais que va-t-on faire de leur neutralité politique?

Encore dans le Matin dimanche, cet embarrassant pataquès dont l’avocat veveysan Pierre Chiffelle est l’auteur. Engagé aux cotés de Franz Weber et de son initiative contre les résidences secondaires, il a déposé des oppositions à des constructions en Valais au nom de voisins qui ne lui avaient rien demandé et qui sont fort irrités de se retrouver embrigadés dans des démarches qui leur valent bien des problèmes de voisinage. L’ancien conseiller d’Etat invoque pour excuse le fait que l’intendance, au sein de son étude, n’a pas suivi.

Dans un registre plus grave, la NZZ am Sonntag révèle que des ventes de munitions par l’entreprise Ruag au Kazakhstan ont été autorisées après avoir été interdites en raison des graves violations des droits de l’homme qui se produisent dans ce pays.

Enfin, selon la SonntagsZeitung, Markus Seiler, le chef controversé du Service de renseignement de la Confédération (SRC), aurait présenté sa démission à son ministre, Ueli Maurer, mais celui-ci l’aurait refusée. L’information est toutefois démentie par le chef du Département de la Défense. Markus Seiler a été mis en cause dans la gabegie révélée par le vol d’une quantité très importante de données informatiques sensibles au sein du SRC.