UNION SYNDICALE SUISSE

Christiane Brunner se passe sans regrets de la présidence de l'USS

Le tandem Brunner-Pedrina placé il y a quatre ans à la tête de l'USS semble avoir rempli sa mission: rapprocher deux cultures syndicales qui semblaient jusque-là incompatibles

Cela ressemble à un divorce. Mais il n'en est rien, assurent les deux «époux» et leur entourage. Comment expliquer alors que Christiane Brunner mette fin au tandem qu'elle formait avec Vasco Pedrina à la tête de l'Union syndicale suisse (USS)? «Je suis surchargée», répond la socialiste genevoise. Elle dit elle-même avoir sous-estimé l'accaparement de la charge de conseillère aux Etats que le peuple lui a confié en 1995. Mais Christiane Brunner tenait à remplir jusqu'au bout l'engagement pris au sein de l'USS: son retrait de la coprésidence, annoncé hier, intervient au terme d'un mandat de quatre ans qui aurait de toute manière été remis en jeu au mois de novembre prochain lors du congrès de la centrale syndicale.

L'activité principale de la Genevoise reste plus que jamais dédiée au renforcement de la FTMH (Syndicat de l'industrie, de la construction et des services) qu'elle dirige. Dans ce cadre, elle n'a pas fini de collaborer avec Vasco Pedrina, président du SIB (industrie et bâtiment). Les deux poids lourds du mouvement ouvrier helvétique ont effet engagé leur rapprochement au début de 1997. Il ne porte pas encore le nom de fusion mais de «Maison des syndicats». Le premier numéro de leur journal commun – L'événement syndical – est d'ailleurs imprimé ce vendredi à Genève.

Cette évolution prouve en quelque sorte que la coprésidence ne se justifie de toute manière plus vraiment, analyse un secrétaire de la FTMH. Vendu comme une solution novatrice de partage du travail au sommet, le «mariage» Pedrina-Brunner visait en effet d'abord à mettre fin à l'affrontement stérile entre la FTMH, incarnation de l'axe modéré du mouvement syndical suisse, et le SIB, connu pour sa combativité. Cet antagonisme avait alimenté le grand septicisme qui régnait sur les chances de réussite du duo à la tête de l'USS. «Nous n'avions pas la même ligne politique et nos fédérations encore moins, confirme Vasco Pedrina. Mais nous avions la volonté commune de dépasser ce fort clivage, ce qui a précisément renforcé l'alchimie indispensable entre deux personnes pour assumer une telle coprésidence.»

Après un accouchement dans la douleur, le modèle de la direction bicéphale à l'USS ne devrait donc pas survivre au retrait de la Genevoise. Vasco Pedrina n'a pas encore décidé s'il acceptera de se représenter seul. Mais il avoue, comme Christiane Brunner, que les conditions pour retrouver un duo ne sont plus forcément remplies. Le président du SIB ajoute que la priorité pour l'USS n'est plus d'assurer la cohésion entre son syndicat et la FTMH: «Les réformes à venir doivent plutôt se concentrer sur une meilleure cohésion entre secteurs public et privé.» Une manière de confirmer que la coprésidence a fait son temps même si les «mariés» en tirent un bilan positif.

Ancien secrétaire syndical et journaliste, Beat Kapeler n'est pas surpris par le retrait de Christiane Brunner: «J'ai été frappé par l'effacement de Christiane Brunner dans l'exercice de cette double présidence, apparue au départ plutôt comme le reflet d'un état d'indécision symptomatique dans de ce pays et surtout à gauche. Je pense effectivement que la Genevoise s'est retrouvée accaparée par l'âpreté des négociations dans son secteur et par son mandat politique». Est-ce à dire que le SIB en a profité pour imposer ses vues? Même si elle était moins présente publiquement, glisse un proche de Christiane Brunner, elle n'en est pas moins restée une «perfectioniste aux manières parfois brusques» sachant mieux imposer ses vues que Pedrina. Secrétaire central à la FTMH, André Daguet ne voit pas l'enjeu du départ de la Genevoise sous la forme de la victoire d'un camp sur un autre: «La réaction du comité de l'USS, toutes tendances confondues, a été de demander au président du SIB d'assurer la continuité de la nouvelle dynamique instaurée sous la coprésidence. Comme quoi, chacun a pris goût à plus de combativité». L'édifice syndical aura très prochainement l'occasion de tester la solidité de sa cohésion, surtout celle entre ses dirigeants et sa base. Les délégués de l'USS se penchent lundi prochain sur le soutien à apporter ou non au référendum lancé contre la seconde révision de la loi sur le travail. Après avoir obtenu le rejet par le peuple de la première mouture en 1996, Christiane Brunner et Vasco Pedrina défendent bec et ongles le résultat du compromis obtenu de haute lutte avec les représentants patronaux. Si la base désavoue le tandem en soutenant un référendum jugé contre-productif, il faudra alors peut-être compter avec une double démission à la tête de l'USS bien avant l'automne.

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