Parcours personnel, objectifs politiques: alors que la bataille pour le Conseil administratif de la ville de Genève s'annonce féroce, «Le Temps» brosse le portrait de cinq candidats durant toute la semaine.

Elle a choisi la place Bel-Air, chaotique en ce mercredi matin glacial, pour son «joyeux entrecroisement» entre les différentes Genève. «Les villes ont cette capacité fascinante à brasser les populations, lance Christina Kitsos, emmitouflée dans son manteau. Lorsqu’elles sont gouvernées à gauche, ce sont aussi les premiers remparts contre les politiques d’austérité fédérale.»

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L’attitude est chaleureuse, le verbe fleuve. A 38 ans, Christina Kitsos est lancée dans la course à l’exécutif de la ville de Genève. Un tournant dans sa carrière politique démarrée à l’âge de 13 ans, au parlement des jeunes de Neuchâtel, son canton d’origine. Chargée des affaires migratoires au Département de l’instruction publique, la jeune femme, mère d’une petite fille de 8 mois, siège au Conseil municipal depuis 2015.

En mars 2019, l’Assemblée générale du parti la choisit au quatrième tour pour figurer sur le ticket avec le magistrat sortant Sami Kanaan. La jeune femme d’origine grecque avait alors mis en avant la préservation des acquis sociaux face aux offensives de la droite. A en croire certains, la campagne avec le sortant n’a rien d’une idylle. «Comme dans toutes les campagnes, il y a un moment d’adaptation, d’apprivoisement, balaie Christina Kitsos d’un sourire. Aujourd’hui nous avons trouvé une bonne dynamique.» Il n’empêche, le deuxième siège socialiste est menacé par la poussée des écologistes, ce qui rend les militants fébriles. Face à cette éventualité, la candidate tente de rester impassible: «Les Verts sont nos alliés, notre but est de passer les quatre, mais surtout d’obtenir une majorité de gauche au Municipal.»

«Vocation tardive»

Membre du parti depuis 2004, Christina Kitsos a longtemps bénéficié du soutien de Charles Beer, puis de Jean-Charles Rielle, considérés comme ses mentors. Sans avoir occupé de fonction dirigeante dans l’appareil du parti, sa voix compte. Comment est-elle perçue par ses collègues au Municipal? Pour l’un d’eux, Christina Kitsos est tout sauf une bosseuse de l’ombre. «Elle est souvent absente en commission, sa candidature au Conseil administratif m’est apparue comme une vocation tardive, un peu à l’improviste.» Un autre estime au contraire que son profil atypique, doublé d’une expérience de députée à Neuchâtel, la rend plus «efficace et pragmatique».

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Proche de l’aile gauche du parti, Christina Kitsos s’est positionnée contre la réforme de l’imposition des entreprises. Ses propos très critiques dans l’affaire des notes de frais lui ont valu une étiquette éphémère de «populiste». «Je maintiens ma position, réagit aujourd’hui Christina Kitsos, un brin piquée qu’on revienne sur cet épisode. La population réclame davantage de transparence et est en droit de l’obtenir. Les partis ne doivent pas s’enfermer dans une tour d’ivoire.» Quant à la crise au sein du parti socialiste, elle entend jouer un rôle de pacificatrice si elle est élue: «Je n’appartiens pas à un clan, je n’ai aucun intérêt à part l’intérêt général.»

Genève pour tous

Avec quels arguments entend-elle convaincre les électeurs sur les stands et lors des porte-à-porte? Ayant elle-même été sur liste d’attente durant des mois avant de faire appel à ses parents en urgence pour garder sa fille, la candidate milite pour l’augmentation des places en crèche. Autres objectifs: le renforcement du congé paternité au sein de l’administration de la ville ou encore l’augmentation du nombre de travailleurs sociaux hors murs. Sur les moyens financiers pour y parvenir, elle ne s’étend pas. Si elle habite à Malagnou, Christina Kitsos capitalise sur les «poches de précarité» existantes à Genève. «Dans notre ville riche, les inégalités augmentent, je veux m’occuper des personnes invisibles, marginalisées, en posant des diagnostics quartier par quartier.» Cette politique de proximité, Christina Kitsos en fait son point fort. Pas question donc d’accepter un quelconque report de charges de la part du canton alors que l’accueil des sans-abris ou encore le vieillissement de la population pèse lourdement sur la ville.

Pas de justice climatique sans justice sociale: Christina Kitsos reprend le leitmotiv des socialistes en matière d’écologie. «La lutte contre le réchauffement climatique ne doit pas se faire sur le dos des plus précaires», martèle-t-elle. Sa recette? Investir dans le durable, rénover le parc immobilier ou encore soutenir l’innovation en matière de transition écologique, mais aussi limiter le trafic routier dans l’hypercentre. «Voilà pourquoi j’ai soutenu le référendum sur le parking des Clés-de-Rive, un projet qui va à l’encontre des changements en matière de transports.»

Prête à prendre des coups

D’abord réservée, Christina Kitsos se révèle opiniâtre au débat. Difficile de l’arrêter lorsqu’elle est lancée sur les milliards de la BNS, le lobby des assurances maladie qui sévit à Berne ou encore les coupes linéaires de la droite dans le budget de la ville. Un côté indigné qui n’est pas sans conséquence. «Quand je donne mon avis sur Facebook, je suis souvent attaquée sur mes compétences, je dois sans cesse me justifier», déplore Christina Kitsos, soulignant ainsi le lot de nombreuses femmes en politique. La candidate se montre néanmoins combative: «Je sais que je suis attendue au tournant, mais je suis prête, je vais prouver que j’ai les épaules pour ce poste.»